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Les genres dans la peinture : la nature-morte

 

La peinture de nature-morte est considérée comme un genre artistique à l’égal du paysage, du portrait, de la scène de genre et des peintures d’histoire. Les œuvres sur les natures mortes traitent de tout ce qui est considérés comme non vivant ou qui ne l’est plus: des aliments, des fruits, des fleurs, du gibier ou des objets divers. L’ensemble de ces éléments est organisé dans un cadre précis, réfléchi par l’artiste afin de créer une composition symbolique et technique.

L’historien de l’art Charles Sterling qui était spécialiste de la nature morte donnait la définition suivante : « Une authentique nature morte naît le jour où un peintre prend la décision fondamentale de choisir comme sujet et d’organiser en une entité plastique un groupe d’objets. Qu’en fonction du temps et du milieu où il travaille, il les charge de toutes sortes d’allusions spirituelles, ne change rien à son profond dessein d’artiste : celui de nous imposer son émotion poétique devant la beauté qu’il a entrevue dans ces objets et leur assemblage. »

Jean-Baptiste Monnoyer, nature-morte fleurs, fruits et objets d'art, Musée Fabre, 1665

Jean-Baptiste Monnoyer, nature-morte fleurs, fruits et objets d’art, Musée Fabre, 1665

La nature morte a une origine très ancienne, mais a contrario, l’expression qui compose son nom est quant à lui des plus récents. En l’occurrence l’expression apparaît à la fin du XVIIe siècle. Auparavant on parlait de choses naturelles, de cose naturali selon les mots de Giorgio Vasari qui souhaitait désigner ainsi les motifs de Giovanni da Udine.

C’est au siècle suivant dans les Flandres qu’apparaît le terme de stilleven, pour des pièces de repas servis, qui sera ensuite adopté par l’Allemagne et l’Angleterre. Tandis qu’en Espagne, l’expression désigne un lieu de rangement alimentaire, une bodégon. Le terme de nature morte ne vient qu’à partir du XVIIIe siècle, sachant que Diderot lui parlait de natures inanimées. Ainsi, l’expression que nous connaissons tous aujourd’hui a environ deux cents ans, pourtant l’ancienneté du genre remonte à l’Antiquité elle-même.

I. Histoire

A) Antiquité

Les premières véritables natures mortes connues datent de l’époque hellénistique1 mais malheureusement aucune de ces peintures n’a survécu jusqu’à nos jours. Nous les connaissons seulement par des descriptions et par le récit des contemporains concernant leurs peintres. Il nous reste néanmoins des mosaïques qui nous permettent de nous faire une idée de ce à quoi pouvait bien ressembler ces peintures ou les rares fresques de Pompéi.

Anonyme, Nature morte avec des œufs et une cruche de lait, Villa di Giulia Felice, Pompéi, Ier siècle

Anonyme, Nature morte avec des œufs et une cruche de lait, Villa di Giulia Felice, Pompéi, Ier siècle

Selon Pline l’Ancien, le plus célèbre d’entre eux était Piraicos (IVe – IIIe siècle av-JC), il aurait connu un véritable succès et ses œuvres se seraient vendues bien plus chères que la plupart des autres peintures. Le talent de Piraicos devait être d’autant plus grand lorsqu’on apprend que pour désigner la nature-morte, les grecs parlaient de rhopographie, représentation de menus objets ou de rhypographie2, représentation d’objets vils. Il y a dans ces termes un témoignage particulièrement péjoratif et dépréciatif de ce genre de peinture où l’on peignait des objets inanimés du quotidien.

Malgré cette vision critique de la part des hellènes pour la nature morte, la rhypographie antique possède déjà la recherche du plaisir mimétique. Les peintres Zeuxis et Appolodore, sont un bon exemple de cette quête du mimétisme et du talent qu’avaient certainement ces artistes de l’antiquité. Appolodore est surnommé le peintre des ombres ou le skyagraphe, antérieur à la période d’Alexandre le Grand d’une centaine d’année, ça serait lui qui aurait fait entrer la lumière et les ombres dans les peintures, révolutionnant ainsi la peinture. Zeuxis son rival et contemporain a reprit ses découvertes pour les réutiliser et les perfectionner.

A partir de leurs œuvres, l’esthétique en trompe-l’œil devient essentiel dans la nature morte et va inspirer toutes les créations hellénistiques et romaines. A tel point que Pline l’Ancien raconte l’histoire suivante : «(Zeuxis) eut pour contemporains et pour émules Timanthès, Androcyde, Eupompe, Parrhasius. Ce dernier, dit-on, offrit le combat à Zeuxis. Celui-ci apporta des raisins peints avec tant de vérité, que des oiseaux vinrent les becqueter; l’autre apporta un rideau si naturellement représenté, que Zeuxis, tout fier de la sentence des oiseaux, demande qu’on tirât enfin le rideau pour faire voir le tableau. Alors, reconnaissant son illusion, il s’avoua vaincu avec une franchise modeste, attendu que lui n’avait trompé que des oiseaux, mais que Parrhasius avait trompé un artiste, qui était Zeuxis.»

Gravure sur cuivre de Matthieu Merian l'Ancien (1593–1650). In : Joh. Lud. Gottfried, Historische Chronica (Chronique historique), Frankfort-sur-le-Main (M.Merian) 1630, p. 186.

Gravure sur cuivre de Matthieu Merian l’Ancien (1593–1650). In : Joh. Lud. Gottfried, Historische Chronica (Chronique historique), Frankfort-sur-le-Main (M.Merian) 1630, p. 186.

Charles Sterling considère qu’en plus de cette évidente recherche de mimétisme, une autre ambition reste à considérer, il explique en effet qu’«Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne», c’est à dire une allusion philosophique.

B) Moyen Age

Au Moyen Âge, la représentation des nature-morte à l’antique disparaît, avec l’arrivée du christianisme les artistes vont surtout peindre des œuvres à caractère religieux et la représentation d’objets inanimés va surtout s’intéresser à l’illustration d’objets symboliques. Cependant ces objets symboliques ne sont plus représentés seuls, ils sont toujours mis en parallèle avec un saint, une scène ou tout autre sujet qui pourraient bénéficier de l’appui d’un objet symbolique. L’hégémonie de la nature-morte disparaît et pour cette raison on imagine souvent que le moyen-âge a vu disparaître complètement la nature-morte alors qu’en réalité les choses sont plus subtiles, la nature morte a simplement évolué dans son usage.

Simone Martini, Annonciation, Florence, 1333

Simone Martini, Annonciation, Florence, 1333

Les natures mortes sont désormais un détail dans une composition globale plus importante, néanmoins malgré cette place, elles n’en ont pas pour autant le statut, en effet, ils sont des symboles. Leurs présences en tant que symbole interdit de penser sérieusement à la disparition complète de ce genre de peinture durant le Moyen-Age. Plus encore, leurs charges symboliques leurs confèrent une force plus grande que celle qu’avaient les natures-mortes de l’antiquité. Désormais les objets et les fleurs permettent au spectateur de méditer la scène, et par extension d’aider à la prière et aux oraisons3.

Simone Martini, Annonciation (détail un rameau d'olivier et des lys), Florence, 1333

Simone Martini, Annonciation (détail un rameau d’olivier et des lys), Florence, 1333

Ainsi, à cette époque comme le résume Michel et Fabrice Faré4 «l’esprit réaliste s’effaça au profit d’un langage emblématique compris de toute la chrétienté. Les objets, en se soumettant au sujet d’une composition, concourent au développement du thème religieux ; ils ont une importance primordiale dans la signification de certaines scènes bibliques ; ils les situent, ils les datent, ils caractérisent les personnages».

Alors que répondre à la question suivante, le Moyen-Age a t-il connu la peinture morte? Oui ou non? Les historiens de l’art considèrent que comme ce genre n’existe plus pour lui-même, la réponse officielle est non. On la retrouve, certes, mais son statut ne lui permet pas de bénéficier d’une catégorie à part entière pour en faire un objet d’étude spécifique pour la période.

C) Moderne

Avec la redécouverte de l’Antiquité, les théoriciens et les peintres vont longuement méditer leur discipline en la mettant en parallèle avec ce qu’avait pu faire les grecs et les romains. Cette mise en perspective avec le talent de ces peintres antiques va être une source de motivation à double tranchant ; pour beaucoup d’artistes, l’idée suivante circule selon quoi il est impossible de surpasser l’Antiquité malgré l’envie d’égaler cette antiquité fantasmée5.

Frans snyders, nature-morte au refroidisseur à vin, fundacion santander central hispano, 1610Frans snyders, nature-morte au refroidisseur à vin, fundacion santander central hispano, 1610

Frans snyders, nature-morte au refroidisseur à vin, fundacion santander central hispano, 1610

C’est à partir du XVIe siècle que la nature morte va prendre son essor, notamment en Flandre et en Hollande d’où elle se propagera ensuite vers le reste de l’Europe dont la France. Ce développement croissant dans les Flandre s’explique par la forte tradition artistique qui y règne depuis les débuts de la Renaissance et également par l’arrivée du Protestantisme qui va mettre à mal à l’hégémonie de la peinture religieuse. La nature-morte, comme pour le paysage, va alors se détacher des peintures religieuses et d’histoires, auxquelles elle avait pu être attachée, pour devenir un genre à part entière où comme pour l’antiquité, on va rechercher le plus de réalisme possible dans les objets représentés.

Jan Davidszoon de Heem, Table d’apparat avec perroquets, 1650

Jan Davidszoon de Heem, Table d’apparat avec perroquets, 1650

Avec la découverte des Amériques et l’arrivée de plantes inconnues jusque là, la nature a suscité un renouvellement de l’intérêt et amène la mise en place des cabinets de curiosités et des jardins botaniques. L’arrivé de ces nouvelles plantes amène un besoin de classification, la création de catalogue, puis d’ouvrage de botanique. En conséquence, en plus des nature-mortes, c’est également le besoin d’une illustration scientifique. On commença à apprécier ces objets pour eux-mêmes, dépouillés de toute association religieuse, morale ou mythologique même s’il est vrai que les références et les symboles restent encore bien présents.

Les différents spécimens collectionnés, échangés, vendus servirent de modèles aux peintres qui en donnèrent des représentations réalistes. Cette passion pour l’horticulture créa un marché, dès le début du XVIIe siècle, pour les natures mortes de fleurs, et pour les miniatures plus scientifique.

Anne Vallayer-Coster, panache de mer, lithophytes et coquilles, musée du Louvre, 1769

Anne Vallayer-Coster, panache de mer, lithophytes et coquilles, musée du Louvre, 1769

D) Contemporaine

C’est essentiellement parce que la nature-morte était perçue comme un genre mineur qu’elle n’a pu bénéficier d’un traitement de faveur en particulier. L’objectif de la peinture étant aux yeux des théoriciens et des artistes d’antan d’élever les âmes et de leur rendre une idée du Beau comme le ferait la poésie, ces penseurs et artistes ne pouvaient se satisfaire de la nature-morte qui malgré la technicité requise du mimétisme ne parvient pas nécessairement à élever l’esprit vers cette conception poétique du Beau.

La nature-morte va donc susciter l’intérêt des artistes qui comme pour les portraitistes, ont du renouveler leurs créations après l’apparition de l’appareil photo. La gestion de la couleur, les effets techniques possibles vont permettre aux peintres d’entrer dans les expériences graphiques contemporaines. L’un des premiers à s’y lancer est Cézanne, qui avant les cubistes va chercher de nouveaux systèmes de perspectives. Les successeurs contemporains, comme les cubistes vont alors chercher à défragmenter l’objet 3D sur une surface 2D, le résultat de leurs recherches graphiques étant alors comparables à une peau d’orange fraîchement épluchée que l’on chercherait à aplanir complètement.

Paul Cézanne, pommes et oranges, musée d'Orsay, 1895

Paul Cézanne, pommes et oranges, musée d’Orsay, 1895

La plupart des objets sélectionnés sont alors très simples, les références symboliques possibles sont oubliés et l’on n’hésite pas à représenter les objets domestiques du quotidien ou des fruits locaux. Ainsi neutralisée dans son thème et ses significations, bien que considérée étrangère dans l’art contemporain il n’est pas anodin de retrouver la nature-morte aussi bien chez les surréalistes que chez les partisans du pop-art où elle symbolise soudainement cette nouvelle société de consommation post Seconde guerre mondiale.

Vincent van Gogh, les tournesols, Neue Pinakothek, 1888

Vincent van Gogh, les tournesols, Neue Pinakothek, 1888

II. Essence de la nature-morte et son développement

A) Entre symbole et mimétisme

Au XVIIIe siècle, la peinture de nature-morte passe souvent du symbolisme à l’esthétisme et inversement. Cette représentation d’objets dans la peinture occidentale y est constamment partagée, entre le plaisir de la mimesis et celui de la symbolique. Ce sont les deux caractères essentielles de la nature-morte et composent alors son essence.

1) Mimésis, l’imitatio naturae

Cette dualité de la nature-morte est présente dès l’Antiquité, toutefois, sa nature est déterminée par le classement que lui ont donné les Anciens. La nature-morte est tout en bas de l’échelle hiérarchique des genres malgré les performances de Zeuxis comme peintre de génie.

Cette anecdote historique ou légendaire des oiseaux de Zeuxis est révélateur de la quête de réalisme chez l’artiste, la nature-morte est l’occasion de travailler à la ressemblance de la nature et les différents éléments naturels sont l’occasion pour lui de traiter différents aspects. Le textile, la peau du fruit ou le délicat des pétales de fleurs.

Antoine Berjon, vase de fleurs avec coquillages et tête de requin, Philadelphia museum of art, 1819

Antoine Berjon, vase de fleurs avec coquillages et tête de requin, Philadelphia museum of art, 1819

Dans le traité sur la peinture De Pictura que Leon Battista Alberti rédige en 1435, l’auteur définit le tableau comme une vitre transparente sur le monde : «Les peintres devraient savoir qu’ils se déplacent sur une surface plane avec leurs lignes et que, lorsqu’ils remplissent de couleurs les surfaces ainsi définies, la seule chose qu’ils cherchent à réaliser est que les formes des choses vues apparaissent sur cette surface plane comme si elle était faite de verre transparent».

Avec cette imitatio naturae, nous sommes aux antipodes de la pensée de Pascal qui affirmait: «quelle vanité que la peinture, qui attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on admire point les originaux… » cependant pour toute une série d’artiste, reproduire la nature procure une grande satisfaction. Imiter la création, c’est renouveler l’action de Dieu. Il n’y a pas nécessairement besoin de symbolique particulière  avec ce type de point de vue.

2) Symbolique

Les objets, les fruits et les fleurs sont dans la peinture, ce que les mots sont pour le langage, c’est à dire un signifiant pour un signifié, c’est à dire un concept précis. Selon les périodes et les cultures, un même objet peut recouper plusieurs symboles. Ainsi, à titre d’exemple l’auteur des Hieroglyphica, sive de sacris aegyptorum litteris commentariis donne près d’une vingtaine de significations différentes au poisson. Le fruit du pêcher, la pêche elle-même peut signifier la bonté et l’ingéniosité d’un homme, l’amour pour sa forme, le silence pour sa feuille en forme de langue voire le meurtre. Il est malheureusement impossible de résumer l’ensemble des symboles possibles incarnés dans les objets, la seule chose qu’on puisse en retenir c’est que les hommes de la Renaissance, de l’époque Moderne connaissent ces codes qui aujourd’hui sont souvent oubliés ou très simplifiés.

Les artistes tiennent compte de ces éléments symboliques dans leurs compositions, toutefois l’existence de sens contradictoire dans un même objet symbolique n’est pas un problème. Chacun des objets représentés peut révéler sa véritable signification selon les circonstances et sa présentation dans les œuvres. Cependant, on doit éviter de donner aux peintres trop d’intentions dans l’élaboration de leur nature morte, au risque de fausser la perception de ce qu’était les nature-mortes autrefois. Ce flou symbolique offrait une liberté importante à ces hommes de la Renaissance et des temps modernes en leur laissant la possibilité d’y lire ce qui est conforme à leurs aspirations.

 

B) Différents thèmes

La nature morte représente dans une composition réfléchie par l’artiste, tout un ensemble d’objets inanimés de natures diverses. Il existe ainsi plusieurs thématiques possibles pour ces artistes qui verront alors leurs œuvres rangées dans un thème ou un autre selon la nature des objets représentés.

1) Chasse

La chasse au gros gibier est l’apanage des classes aisées, s’il s’agit d’un moyen de remplir son assiette, il s’agit aussi d’une tradition quasi militaire dont l’usage s’est codifié avec le temps. Cette codification est visible dans ses règles et dans le matériel employé. La nature-morte témoigne d’un intérêt similaire à celui des trophées.

William Michael Harnett, après la chasse, 1885

William Michael Harnett, après la chasse, 1885

2) Musique

Les natures mortes présentent parfois des instruments de musique. Ils sont souvent choisis pour l’élégance de leur forme et la qualité de leurs matériaux. Les compositions élégantes sont contrastées par le blanc des partitions. On peut y trouver facilement une interprétation symbolique, à déterminer selon l’auteur et la période, la musique ayant en effet un lien privilégié avec les arts et donc les muses, voire la distraction. Parfois le réalisme des instruments permet d’observer également la passion de l’artiste pour la musique elle-même, en effet, si l’artiste connaissait l’instrument il était en mesure de le peindre avec plus de vraisemblance.

Nicolas Henri Jeaurat de Bertry, Nature morte en trompe l’œil aux instruments de musique et au livret de Castor et Pollux de Rameau, Nature morte en trompe l’œil aux instruments de musique et au livret de Castor et Pollux, ventre Sotheby's, XVIIIe siècle

Nicolas Henri Jeaurat de Bertry, Nature morte en trompe l’œil aux instruments de musique et au livret de Castor et Pollux, ventre Sotheby’s, XVIIIe siècle

3) Fleurs

Les fleurs ont toujours suscité l’admiration pour leur couleurs et le délicat de leurs pétales, elles ont souvent une valeur symbolique très forte et si chaque fleur peut posséder son propre symbole. Le bouquet représente le printemps et de vie dans les pays du Nord où l’hiver est plus rigoureux. Toutefois, pour être véritablement une nature morte, le bouquet représenté doit rester négligé. C’est surtout l’occasion pour l’artiste de montrer son talent dans le rendu si complexe des amas de pétale fleurs dans les variations de lumières et de couleurs.

Jean-Baptiste Monnoyer, fleurs dans un vase, musée d'art de Cincinatti, 1696

Jean-Baptiste Monnoyer, fleurs dans un vase, musée d’art de Cincinatti, 1696

 

4) Fruits

Les fruits sont souvent accompagnés par les fleurs, dans les natures mortes ils sont rarement verts. Ils sont plutôt potelés, charnus et éclatants, parfois même sur le point de passer au stade de décomposition. Symboliquement, les fruits peuvent célébrer l’abondance, la maturité, voire la prospérité comme l’illustre les cornes d’abondances.

Frans Snyders, trois singes voleurs de fruits, musée du Louvre, 1640

Frans Snyders, trois singes voleurs de fruits, musée du Louvre, 1640

 

5) Cuisine et repas

Les natures mortes peuvent aussi évoquer le mode de vie d’une région ou une coutume alimentaire. C’est ainsi que le sujet va se concentrer sur le contenu d’une cuisine, sur la table ou dans le placard. Les aliments côtoient alors souvent les assiettes, les nappes ou des couverts, lorsqu’ils ne représentent pas un amas de nourriture prêt à être cuisiné. On peut y trouver alors le symbole de la prospérité d’une région ou d’un pays qui se développe, les Pays-Bas par leur conquête maritime ont en effet eu l’occasion de s’enrichir et par conséquent de garnir leurs tables de repas. La table hollandaise devient le symbole de l’accession à la richesse d’une bourgeoisie souvent orgueilleuse et sûre d’elle-même.

Pieter Claesz, nature-morte avec une tarte turque, Rijksmuseum, 1627

Pieter Claesz, nature-morte avec une tarte turque, Rijksmuseum, 1627

 

6) Vanités

Ce genre de thématique de nature-morte est essentiellement symboliste, tous les objets représentés suggère la disparition humaine et son essence de mortel. Ainsi on retrouve bien souvent le crâne, des ossements et tout ce qui peut se référer au temps. Ce type de peinture est indirectement liée aux peintures religieuses, en effet, la mort étant un aspect traité par les religions les artistes n’hésitent pas à installer dans leurs compositions des éléments de nature religieuse ou ce qui peut suggérer des pieuses méditations sur la question du salut.

Juriaen van Streeck, vanité, Pushkin museum of fine arts, 1670

Juriaen van Streeck, vanité, Pushkin museum of fine arts, 1670

On peut également retrouver le livre, ceux-ci incarnant alors la vanité du savoir car aussi savant et érudit que possible, cela n’a aucune valeur pour l’homme dans sa vie spirituelle et son salut après la mort.

– – –

Notes:

1 La période hellénistique est le nom que l’on donne à la période de l’Antiquité qui suit la conquête d’Alexandre le Grand en -323, jusqu’à la période romaine, en -30. Cette période est relativement méconnu et souvent considérée comme une période de transition, voire de déclin ou de décadence. Cependant, comme très souvent en histoire, les choses sont à nuancer.
2 Du latin rhyparographus emprunté au grec ῥυπαρογράφος, rhuparographos, composé de ῥυπαρός, rhuparos (« sale, ordurier ») et de γράφω, gráphô (« décrire, peindre »).
3 Une oraison est une méditation silencieuse sur quelques sujets de piété, qui fait entrer l’âme en communion avec Dieu. C’est l’un des nombreux exercices de la vie monastique.

4 Michel et Fabrice Faré, La Nature morte, de Jan Bruegel de Velours (1568-1625) à Chaïm Soutine (1893-1943), Bordeaux, Galerie des Beaux-Arts, 1978, « Vie silencieuse de la nature morte », p. 7

5 C’est cette comparaison qui va être la source de la Querelle des Anciens et des Modernes au XVIIe siècle.

Sources:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nature_morte consulté le 20/09/2018

https://peintre-analyse.com/nature_morte.htm consulté le 20/09/2018

Catalogue exposition, Sébastien Stoskopff 1597 – 1657 un maitre de la nature morte, édition de la réunion des musées nationaux, paris, 1997

Auteur : Rodolphe de Mello

Travaillant actuellement dans le monde des musées et des institutions culturelles, je suis sensible à la question de la transmission inhérente au concept de Patrimoine. Je souhaite ainsi participer à la transmission du patrimoine par la rédaction de ces articles. Ceci afin de communiquer cette culture des Beaux-Arts dans le monde numérique et fantastique de DPSchool.

6 Commentaires
  1. Spartan de DPSchool Il y a 2 mois

    Super instructif, merci Rodolphe !

  2. Steven Il y a 2 mois

    Article très intéressant ! Merci ! 😀

  3. mathamath Il y a 2 mois

    remarquable comme d’habitude; j’ai été très intéressé par le paragraphe sur la symbolique dans la peinture est-ce que l’on trouve des ouvrages ou des articles qui traitent le sujet en profondeur ? merci pour ce bel exposé.

  4. Souris de Coton Il y a 1 mois

    Très dense comme toujours ! Merci Rodolphe !!

  5. Vince Il y a 1 mois

    SUper article, la nature morte reste quelque chose d’assez fascinant

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