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Couleur aujourd'hui, l'héritage du passé ?

Publié le 10 janvier 2018 par Spartan de DPSchool dans Histoire de l'art : Par thématiques - coloré, couleur, Digital Painting, Illustration, histoire de l'art - 8

Après avoir voyagé au travers des âges de la couleur, intéressons nous désormais à ce qui est aujourd'hui. Nous savons désormais que la couleur, la perception colorée, agit directement sur le cerveau. Dans les sociétés occidentales, les symboliques de celles-ci sont globalement les mêmes. Les couleurs de logos, de packaging, de rendu d'image ne sont jamais là par hasard. Mais à quoi correspondent-elles ? Est-ce une question de symbolisme religieux ? Non religieux ? De ressenti ? Où bien une question d'utilité ?

Dans le domaine vidéoludique, par exemple, il est intéressant de voir que les couleurs peuvent avoir soit une, ou deux fonctions suivant le jeu proposé. Prenons l'exemple de Spyro le Dragon :

Spyro 2 : Gateway to Glimmer (1999), Insomniac Games

 

Mais si, ce célèbre dragon du temps de la Playstation 1. Dans le jeu, il est de couleur violette. Mais cela n'a pas toujours été le cas. Au début de la production il était... vert, comme beaucoup de dragons ! Cependant, après plusieurs phases de tests, les développeurs se sont rendus compte que l'herbe, présente quasi partout dans les niveaux, le rendait difficile à discerner. Ils décidèrent donc de choisir une couleur à l'opposé et qui le rendrait encore plus attachant. Dans ce cas-là, il s'agit d'une question d'utilité plus que de symbolique. D'autres jeux font de même comme CANABALT, ils se serviront des couleurs pour permettre un gameplay irréprochable plutôt que de jouer sur les sensations de joueur.

 

CANABALT,  Semi Secret Software, 2009

 

En revanche, d'autres se servent, ou non, de la couleur pour toucher le joueur. Une production n'a pas nécessairement besoin d'être colorée pour posséder une ambiance particulière. LIMBO, de Playdead, amène le joueur dans un univers monochromatique, fait de gris ou de noir.

Une allégorie du Styx ?

 

Il s'agit là d'un monde sombre, dont l'inspiration principale semble être les peurs enfantines. Vous jouez un garçonnet qui doit retrouver sa soeur dans le monde de Limbo (Limbo en anglais signifiant les Limbes). Vous devez parcourir un chemin semé de pièges et d'épreuves. Le morbide se mêle au fantastique grâce à l'absence de couleurs. La lumière est omniprésente mais elle peut à la fois être guide mais aussi faucheuse. Il n'est pas non plus question de bien ou de mal comme le laisserait penser la dualité chromatique. Vous vous enfoncez simplement dans les Limbes, vous affrontez la mort, le noir, tout ce qu'un enfant, et même un adulte peut redouter. Nos cauchemars se sont ici matérialisés, dans leur plus simple forme, pour au final servir un jeu cru, vicelard, qui réussit à doser habilement l'ambiance sans tomber dans le gore, ou le trop enfantin. Les références visuelles sont nombreuses, la plus évidente est sûrement l'univers burtonien. Néanmoins on peut aussi apercevoir là un hommage au cinéma expressionniste allemand (et horrifique), mené par Robert Wiene avec Le Cabinet du Docteur Caligari (1920). Une autre référence, moins connue pour le grand public, qui a pourtant influencé les plus grand du cinéma d'animation : Youri Norstein. Ce nom ne vous dit peut-être rien, cependant, ses productions brillent par leurs ambiances et animations caractéristiques des films animés soviétiques. Tantôt brumeux, tantôt lumineux, ses films ne ressemblent à aucun autre.

 

En haut, Le Cabinet du Docteur Calligari, Robert Wiene, 1920

En bas à gauche, Le Hérisson dans le brouillard, Youri Norstein, 1975 - A droite, Le héron et la cigogne, Youri Norstein

 

Dans toutes ses productions il y a un point commun, la couleur, ou son absence, sert l'ambiance et/ou la symbolique. Il n'y a quasiment aucune oeuvre dans laquelle les couleurs sont mises au hasard, elles sont choisies par rapport à leurs caractéristiques, aux effets qu'elles induisent. Les artistes d'aujourd'hui s'inspirent et réutilisent les concepts des décennies et siècles passés, qu'ils travaillent dans le cinéma, le jeu vidéo, l'illustration... La couleur est un concept universel. Quels héritages avons-nous gardé aujourd'hui de ces expérimentations ? Je vous propose une petite sélection de créations récentes mise en parallèle avec des productions plus anciennes qui me semblent être liées.

 

 

A gauche : Impression, soleil levant, Monet, huile sur toile, 1872 - À droite : Jérémy Paillotin, Spear, digital painting, 2015

Que ce soit la première ou la seconde image, les couleurs semblent être les mêmes. L'une et l'autre utilisent la couleur rouge orangée pour représenter la lumière ainsi que les endroits ou elle se reflète. L'ombre est matérialisée par le bleu foncé. Dans la création de Jérémy Paillotin, il y a des nuances de verts et de rouges en plus mais les couleurs principales sont similaires à celles de Monet.

 

 

A gauche : Morning Fog in the Mountains, Caspar Friedrich, huile sur toile, 1808 - À droite : Michal Karcz, photomanipulation, 2013

La photographie et la peinture sont deux domaines qui se complètent et s'inspirent mutuellement. Michal Karcz imagine des paysages oniriques qui semblent tout droit venir des peintures romantiques allemandes, comme celle de Friedrich. On se concentre ici plus sur la sensation de rêve, d'imaginaire. Il y a là le sujet au centre de la composition, perdu dans la neige au sommet de montagne comme si une sorte de mysticisme venait entourer ces lieux. Les deux images possèdent des couleurs peu saturées, il y a une grandes richesse de tons sans que la gamme chromatique ne soit extrêmement diversifiée.

 

 

A gauche : Inferno, Daniel Romanovsky, digital painting, 2017 - À droite : The Lake Petworth : Sunset, a Stag Drinking, William Turner, huile sur toile, 1829

Je trouvais dans ces deux oeuvres une ressemblance au niveau du traitement de la lumière colorée. La peinture de Turner paraît vibrer dans les teintes de jaune émanant du soleil couchant. Le painting de Daniel Romanovsky se passe, au contraire, à la tombée de la nuit. Ici aussi l'image est dominée par les teintes ocres et orangées. La sensation lumineuse vibre de par son traitement très dégradé et quasi fondu dans le paysage. Les zones très sombres chez Turner ont l'air d'être traitées dans un ton gris quasi noir, on retrouve le même genre de ton dans les ombres et dans le ciel d'Inferno . Il se dégage la même sensation de chaleur.

 

 

À gauche : Fight for Freedom, Piotr Jablonski, digital painting, 2017 - À droite : Le Radeau de la Méduse, Théodore Géricault, huile sur toile, 1819

Piotr Jablonski s'est clairement inspiré des oeuvres classiques de la  Renaissance et le néoclassicisme, des grandes scènes de bataille ou de vie, des codes de l'Antiquité. Il semble y avoir dans les deux images une omniprésence du blanc, ou de l'ivoire, rendant les personnages immobiles, figés dans le marbre tel des statues. Les vêtements bleus, rouges et ocres se détachent de certaines personnes et les mettent en avant. Cependant la composition à gauche, à tendance à faire s'élever le regard vers les points les plus haut, tandis que celle de droite, en V, laisse le regard plus bas. La lumière éclaire de façon identique les deux images, mettant l'accent sur les personnages plus que le décor, quasi inexistant, qui vient servir la symbolique ; l'une étant une femme se dégageant des chaînes masculines, l'autre montrant la survie d'individus sur le point de s'échouer.

 

 

À gauche : Consumed, Toni Bratinevic, 3D, 2014 - À droite : Photographie de l'ère victorienne, Angleterre

J'ai choisi de mettre la création de Toni Bratinevic en opposition avec une photo tirée de l'ère victorienne pour les couleurs. On retrouve cette opposition du vert/rouge, même sur l'image de droite avec la peau de la femme. L'esthétique de Consumed, avec les rouages, les métaux connote fortement le développement de l'industrie durant le 19ème siècle. Les deux productions semblent être figées dans le temps.

 

On peut trouver beaucoup de ressemblances entre les images du passé et du présent. Celles-ci sont parfois extrêmement référencées et voulues mais je pense aussi qu'inconsciemment nous pouvons reproduire des schémas colorés vus longtemps auparavant qui nous reviennent en mémoire. Les couleurs continuent encore aujourd'hui à susciter de l'intérêt de par leurs effets sur le ressenti personnel et le cerveau, il n'y a qu'à voir les productions récentes du cinéma comme La La Land et Mad Max. Je vous conseille d'ailleurs cette petite vidéo du Fossoyeur sur la couleur dans La La Land : LA LA LAND : ce que disent les couleurs. La question de la symbolique est toujours présente même si l'on se détache désormais de la question du Divin. Avec l'avènement du digital et d'internet, les artistes prennent désormais plus de libertés et trouvent d'autres sources d'inspiration. Là où il était compliqué et chers de trouver les gammes colorées en peinture, en aquarelle, etc, il est désormais simple d'avoir à portée de main toutes celles que l'on veut en digital mais aussi en traditionnel. Ce qui donne lieu à de nouvelles approches et de nouveaux assemblages plus fashys, plus osés, sur lesquels je vous laisse là-dessus !

 

Anthony Vivien, digital painting, 2011

 

 

Ce midi à la cantine, risographie, The Feebles, 2017

 

 

Issun Boshi, Icinori, Éditions Acte Sud juniors, 2014

 

 

Les Contes de l'ère du Cobra, Enrique Fernandez, Glénat, 2012

 

 

Machine, Lili des Bellons, digital painting 2017

 

 

Katarakt, Maxence Henry, digital painting, 2014

 

Chevalier Serrure, Quentin Duckit, sérigraphie

Auteur : Spartan de DPSchool

Depuis toujours animé d'une passion et d'une soif de partage intarissable et aujourd'hui concept artist, illustrateur et formateur, Spartan (Gaétan Weltzer) est le fondateur et premier formateur de DigitalPainting.school.
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