Couleur - L'Après Renaissance

Publié le 13 décembre 2017 par Spartan de DPSchool dans Histoire de l'art : Par thématiques - coloré, couleur, Dessin, histoire de l'art, lumière, pigments - 6

Voici le dernier article retraçant l'histoire de la couleur. Celui-ci se situe en fin de la de Renaissance, jusqu'à aujourd'hui. Plutôt que de me concentrer sur les époques, comme dans les deux précédents, j'ai choisi de mettre en avant des personnages qui ont contribué au développement colorimétrique, par ordre chronologique. Ce développement vient en complément avec les découvertes de l'époque faites sur la lumière. Il ne s'agit là que d'une liste non exhaustive, et il y en aurait énormément à mettre.

 

Sigfridus Aronus Forsius (1552 - 1624), la première représentation chromatique

 

Bien moins connu que ses successeurs, il est pourtant le premier a avoir ordonné les couleurs en trois dimensions, dans une sphère appelée Sphère de Forsius.

Cet astronome né en Finlande pense qu'il y a deux couleurs primaires, le noir et le blanc. Les autres couleurs trouveraient leurs origines dans celles-ci. On peut voir au dessus qu'il a aussi laissé un cercle chromatique ainsi qu'un schéma hiérarchisant les couleurs suivant leur luminosité.

 

 

Issac Newton (1642-1726), la lumière blanche

 

Philosophe, mathématicien, alchimiste, astronome qu'on ne présente plus, Newton s'est illustré dans le domaine de l'optique par la publication de son traité Opticks (1704). Il développe une théorie de la couleur grâce à des expériences avec un prisme.

Pink floyd, Dark Side of The Moon, 1973

De manière générale, il était convenu que la lumière blanche était uniforme et homogène. En utilisant le soleil et le prisme, il finit par observer que la lumière se transforme en une bande de lumière colorée, qu'il va appeler le "spectre". Cependant, après plusieurs tentatives, il se rend compte que les couleurs présentes dans le spectre varient. Il définit ce phénomène comme étant la "réfrangibilité", c'est-a-dire que les rayons lumineux vont se comporter différemment sous l'effet de diverses matières. Il conclut au travers de ses expériences que la lumière du soleil est constituée des couleurs du spectre, violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé et rouge, sans tenir compte des longueurs d'ondes.

 

 

 

Johann Wolfgang von Goethe (1749 - 1832), Théorie des couleurs (1808 - 1810)

 

Goethe connaissait le travail de Newton, mais pour lui il s'agit plutôt  d'une « bâtisse ancienne que son architecte élabora dans la précipitation », que les scientifiques dans la lignée de Newton auraient affublé de théories farfelues se reliant de manière incohérente les unes aux autres. À l'instar de son éminent prédécesseur, il ne base pas ses écrits sur la décomposition de la lumière. Il part de l'idée que la couleur est assombrie par nature, que c'est un obscurcissement de la lumière. Pour lui, la polarité des couleurs permet de développer un système d'opposition à partir du contraste naturel entre le clair et le foncé.

 

Le jaune est la porte d'entrée vers la lumière, quant au bleu, il est assimilé à l'obscurité. Ce sont les deux pôles principaux et vient ensuite ordonner toutes les autres couleurs. Malgré cette approche très scientifique, il n'omet pas à la fin de son essai de prendre en considération les propriétés mystiques et les connotations qui leur sont données en l'époque. Ainsi, on peut donc lire que le jaune, couleur lumineuse, est "le savoir, la chaleur, la proximité", alors que le bleu, couleur sombre, est "la faiblesse, l'éloignement, l'ombre". Il questionne sur le côté intuitif et sensoriel des couleurs. Beaucoup furent opposés à cette idée, mais aujourd'hui, ce sont ces notions que l'on retrouve dans les domaines scientifiques, du design, etc.

 

 

Michel-Eugène Chevreul (1786 - 1889), les contrastes simultanés

 

Lorsqu'il est directeur de la manufacture des Gobelins, un haut lieu de la tapisserie en France, les artisans se plaignent que certaines couleurs n'ont pas l'éclat escompté. En partant de ce constat, il réalise plusieurs expériences pour réussir à comprendre la perception colorée. Pour se faire il va diviser les couleurs en deux groupes :

  • Les couleurs primaires : jaune, bleu, rouge
  • Les couleurs secondaires : sont obtenues par mélange égaux de deux couleurs primaires

Il démontre qu'une couleur vient influencer une couleur avoisinante. C'est-à-dire, une même couleur paraît plus clair si elle superposée à un fond plus sombre. Les "complémentaires" se rendent plus vives mutuellement alors que les non-complémentaires s'éloignent en ton. Prenez un jaune par exemple, si vous apposez un vert à celui-ci, des tons de rouges vont venir apparaître à votre oeil. Le rouge sera plus vibrant sur un vert qu'un jaune, etc.

 

 

Il va concevoir un espace chromatique de 72 couleurs, combiné à une échelle de clarté de 20 niveaux ainsi que de 10 teintes de gris. Il va définir au total 14 400 coloris différents plus les 11 nuances achromatiques de blanc et noir. On peut d'ailleurs en retrouver des traces grâce aux expériences de teintures qu'il a effectuées, classées et archivées. Au final, cette théorie va permettre aux peintres, teinturiers, architectes, de nouvelles approches dans leurs arts, et marquer de grands courants picturaux tels que l'impressionnisme, le néo-impressionnisme et même le simultanéisme.

 

 

 

James Clerk Maxwell (1831 - 1879), Théorie de la vision colorée

 

Ce physicien écossais propose une approche novatrice, que fait à la même époque un de ses compères (Herman Gunther Grassman), de la couleur. Après avoir pris en compte les travaux de ses prédécesseurs, notamment Thomas Young, qui avait découvert que l'oeil n'était sensible qu'à trois couleurs, il annonce que la perception chromatique n'est assurée que par trois teintes, le vert, le bleu, et le rouge. Ces lois seront appelées principe de composition linéaire ou de lois de Grassman, et sont au nombre de trois :

  • Trichromie : La sensation colorée peut-être reproduite en additionnant trois couleurs primaires convenablement choisies.
  • Additivité : La sensation colorée provoquée par un mélange de plusieurs lumières colorées est égale à la somme des intensités lumineuses des couleurs primaires correspondant à chacune des lumières.
  • Dilatation : Si l'intensité d'une couleur varie, pour retrouver son intensité de départ, il faut rajouter en bonnes proportions les trois primaires qui la composent.

Ces recherches vont le conduire à enseigner cette physique expérimentale au King's College de Londres, pas seulement en optique. Il va recevoir la médaille Rumford en 1860, pour ses avancées sur la perception de la couleur mais aussi sur le daltonisme, une pathologie qu'il a contribué à mieux appréhender malgré qu'elle fut déjà connue dès le XVIIIème. Il est aussi l'instigateur de la première photographie en couleur qui reprend le procédé des trois couleurs primaires.

 

Première photo en couleurs, 1861, Ruban de tartan, par Thomas Sutton, sous la direction de Maxwell

 

Albert Henry Munsell (1858 - 1918), le nuancier de Munsell

 

Dans la lignée directe des essais de classification des teintes de Chevreul, il est l'inventeur d'un nuancier pour classer numériquement les couleurs. À l'instar des autres personnages présentés ici, il n'était pas scientifique. Il enseignait au Massachussetts College of Arts et peignait des paysages de mer ainsi que des portraits. En revanche, il a étudié la question de couleur au même titre que Newton ou Maxwell. Il s'est rendu qu'il avait besoin de les classer pour ses besoins. Il utilisa un photomètre pour mesurer la luminance des objets et ainsi voir comment la couleur se comporte en trois dimensions. Il garde cinq teintes principales : rouge, jaune, vert, bleu et violet; les arrange en cercle et créée d'autres couleurs en mélangeant la même quantité entre deux couleurs voisines. Puis il vient définir la luminance d'une couleur comme étant  la quantité de blanc ou de noir dans celle-ci, dans un système qui varie de 0N à 10N. Ce qui nous donne une classification novatrice et en trois dimensions :

 

J'aurais pu encore continuer longtemps sur la couleur. Il n'y a qu'ici une toute petite partie de ce qu'à vraiment été son histoire. Je n'ai évidemment pas le temps de balayer la globalité de la chose. Mais si vous y intéressez un temps soit peu, vous pouvez aller lire ou vous procurez les livres de Michel Pastoureau qui sont indéniablement les plus intéressants du moment sur les couleurs. Ce qu'il faut retenir, c'est que la couleur est un phénomène physique mais qu'il est aussi vecteur d'émotions et de sensations. Il faut accepter une part de mystique, et que la question est dépendante de l'endroit où vous vous trouver. Il n'y a pas de vérité universelle en ce qui concerne les sensations colorées.

Auteur : Spartan de DPSchool

Depuis toujours animé d'une passion et d'une soif de partage intarissable et aujourd'hui concept artist, illustrateur et formateur, Spartan (Gaétan Weltzer) est le fondateur et premier formateur de DigitalPainting.school.
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6 commentaires

  • Shin-san le 13 décembre 2017

    Passionnant, merci !!

  • Koopix le 13 décembre 2017

    Un grand merci pour cette chronique, j'ai adoré! Je crois que tu as oublié un petit mot dans une phrase pour le nuancier de Munsell "Il s’est rendu qu’il avait besoin de les classer pour ses besoins." J'ai hâte de découvrir le prochain sujet :D

  • Ganakel le 15 décembre 2017

    super article comme d'hab

  • Neuf150 le 18 décembre 2017

    super chronique, un seul regret ne pas avoir parlé d’Itten.

  • KOKORO le 18 décembre 2017

    merci pour ton travail !

  • janvincen le 25 décembre 2017

    Cool :) Merci en couleurs biensûr !

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