Couleur - Le Moyen-Âge & La Renaissance

Publié le 30 novembre 2017 par Spartan de DPSchool dans Histoire de l'art : Par thématiques - coloré, couleur, Dessin, Digital Painting, histoire, grec, histoire de l'art, lumière, pigments, romain - 6

Voici le deuxième article consacré à la couleur, qui s'intéresse cette fois de son utilisation du Moyen-Âge jusqu'à la Renaissance. J'ai gardé les mêmes civilisations de référence que dans le premier, c'est à dire celles d'Europe occidentale.

Le Moyen-Âge (VIème - XVème)

Période longue et riche de l'histoire occidentale, il faut distinguer plusieurs phases, le Moyen Âge (VI e – X esiècle), le Moyen Âge central (XI e – XIII e siècle) et le Moyen Âge tardif (XIV e – XV e siècle). Les traditions sacrées ainsi que la religion prennent une place importante dans la société, le symbolisme des couleurs s'inscrit dans les traditions religieuses et les rites de la vie quotidienne. Il vient tisser des liens subtils entre vie, couleurs et représentations des éléments du monde : minéral, végétal, animal, spirituel, divin. Le Christianisme est alors prédicateur des couleurs symboles, on parlera alors de couleurs "liturgiques" qui rendent visible la signification spirituelle.

 

Chevaux à têtes de lion, Apocalypse de Sever, XIème

 

Durant la première phase, il est difficile de trouver des travaux "peints". Le mot "art" à l'époque était utilisé pour désigner indifféremment l'art en lui-même, ainsi que l'artisan. De plus, jusqu'au IXème siècle, l'Europe de l'ouest s'appauvrie en créations artistiques, dû aux invasions barbares des Saxons, Wisigoths et Vikings (même s'il serait plus approprié de parler de "migrations germaniques"). L'argent manque, et l'on retrouve plus facilement des armes et des bijoux, comme ces différents peuples excellaient dans le travail de l'or, des métaux et de l'émail. Il y a quand même quelques traces, écrits et enluminures qui sont produits à cette époque. Les couleurs principales étaient le rouge, le noir et le blanc. L'or était à part dans le travail artistique servant d'abord de décoration puis venant petit à petit signifier la lumière divine.

 

Couronne Wisigoth de Récesewinthe, VIIème

 

Evangile de Lindisfarne, Incipit de l'Évangile selon Matthieu, Folio 29

 

Dans les écrits religieux, les grandes figures sont matérialisées par différentes couleurs. À l'origine, le Blanc signifie le Père, le Divin, le Tout-Puissant, le fils au bleu et le Saint-Esprit au rouge. Cependant, le bleu n'est alors pas une couleur commune durant le Haut Moyen-Âge. Par héritage latin, il est très peu utilisé. Ce n'est que vers le XIème siècle que sa symbolique et son utilisation vont se répandre à travers l'Europe occidentale. Il va devenir la couleur emblématique de l'Occident chrétien notamment grâce à la possibilité de teindre les tissus en bleu de manière plus vive et surtout durable. Le manteau de la Vierge Marie va devenir bleu à cette époque là. Il participait aussi à la distinction des classes. En soi, tout le monde pouvait porter du bleu, mais l'éclat de celui-ci indiquait le prix ainsi que le rang social. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les vêtements bleus étaient attribués aux femmes, tandis que le rouge et le rose aux hommes.

 

Mariage de Marie de Brabant, XIIIème

 

Il est d'ailleurs assez drôle de noter qu'avec l'essor du bleu, les teinturiers de rouge et marchands de pigments tentèrent vainement de faire associer le bleu au diable, pour continuer à faire prospérer leur commerce de rouge. La question de la couleur à l'époque va s'associer à la lente domestication de la lumière. Le Moyen-Âge est par ailleurs un moment très coloré, même si la teinture est à la fois associée à la tromperie et à l'admiration. Le XIIème siècle montre un tournant symbolique grâce aux écrits qui vont venir théoriser la lumière et la couleur. Leur organisation provient directement des théories aristotéliciennes :

. Il existe 6 couleurs de base, blanc, rouge, jaune, vert, bleu, noir. Quelquefois le violet est ajouté entre le bleu et le noir.

. L'opposition entre les couleurs chaudes et froides ne se fait pas encore en ce temps. Le bleu est, par exemple, considéré comme une couleur chaude.

. La perception des contrastes était complètement différente. Le rouge et vert ensemble pouvaient être considérés comme ternes, contrairement à une association de vert et jaune.

. L'héraldique, la science du blason, a permis de forger une autre perception de la couleur. Certaines combinaisons seront jugées répulsives (Bleu et noir, rouge et noir) et d'autres, attractives.

 

Armorial Le Breton, Vers 1400

 

Le Moyen-Âge en Occident est donc une période charnière de la construction colorée. La fin des grandes invasions barbares a permis un sursaut des activités artistiques en Europe de l'Ouest. Le Christianisme, ses écrits et sa symbolique se développent, de nouveaux savoirs et théories apparaissent, amorçant ainsi un renouveau de l'utilisation de la couleur qui va perdurer jusqu'à la Renaissance.

 

La Renaissance (XVème - XVIIème)

Cette période possède des dates de débuts spécifiques suivant les régions. Une période de pré-Renaissance est à noter en Italie, durant le XIIIème et XVIème mais elle prend véritablement son essor durant le XVème (Quattrocento). Elle démarre de Florence et se propage aux alentours, en Italie d'abord, puis en Espagne, et finit par gagner la plupart des pays européens occidentaux par la suite.

 

Groupe du Laocoon, Sculpture d'Agésandros, Ier siècle, musée Pio Clementino

 

Elle se caractérise par la (re)découverte des savoirs antiques, qui serait l'époque de référence. Longtemps bannis et mis de côté, ils sont mis en lumière en cette période. Les changements bouleversent la société de manière profonde. L'humanisme vient remplacer petit à petit l'autorité divine qui prévalait dans la pensée médiévale. Le savoir et l'information vont se diffuser bien plus rapidement grâce à l'invention des caractères mobiles d'imprimerie (1454, Gutenberg, Allemagne), et les échanges commerciaux vont être facilités.

 

Copie Bible de Gutenberg au New York Public Library

 

Tout cela va conduire à repenser la couleur et ses utilisations. C'est à cette époque que l'on découvre que l'ensemble des couleurs peut-être obtenu par le bleu, rouge et jaune. Les notions de couleurs fondamentales et complémentaires sont désormais utilisées même si elles ne sont pas théorisées. Pour Philip Ball, la Renaissance se caractérise par "une attirance pour les couleurs crues et éclatantes qui ne fut pas remise en question jusqu’à ce que le XXe siècle fasse de la couleur elle-même le sujet de l’art." L'artiste va être initié à reproduire le réel le plus fidèlement à ses yeux ainsi qu'à en faire émerger des sentiments. Notons aussi que c'est durant cette période que la première définition scientifique de la perspective va être rédigée, par Leon Battista Alberti dans De pictura (De la peinture), en 1436. L'utilisation d'un clair-obscur plus poussé et du "sfumato" de De Vinci va venir compléter ces changements artistiques.

 

Mona Lisa, Leonard De Vinci, Huile sur toile, entre 1503 et 1516

 

Les couleurs se classent désormais inconsciemment dans l'esprit de l'artiste. Le statut de certaines s'inversent, comme le rouge s'associant à la femme et le bleu s'associant à l'homme. La palette de la Renaissance se compose donc des couleurs de base, qui conservent en revanche un côté symbolique :

. Le blanc : Sa signification reste quasiment inchangée depuis l'Antiquité. Il marque l'innocence, la sagesse, la pureté. Il suggère la sérénité et la paix, durant la Guerre de 100 ans, on se rend en montrant un drapeau blanc.

. Le bleu : Il finit par regagner ses lettres de noblesses en fin de Moyen-Âge, et devient la couleur préférée en Europe occidentale pendant la Renaissance. Il est la couleur des nobles et des monarques.

. Le rouge : Couleur prédominante au Moyen-Âge, considérée comme l'incarnation du sang mais aussi de la victoire, son statut va être associée durant la Renaissance à l'immoralité par les Protestants. Il va devenir la couleur féminine, les robes de mariées seront rouges jusqu'au XIXème.

. Le jaune : Il faut distinguer l'or du jaune. L'or devient moins utilisé mais symbolise encore le prestige. Le Jaune était déjà une couleur décriée, et peu utilisée autre que pour représentée la trahison et le mensonge. La Renaissance de changera rien à son statut et il sera peu mis en valeur sur les créations artistiques.

 

La Naissance de Vénus, Sandro Batticelli, huile sur toile, vers 1484

 

La Visitation de la Vierge à Saint Elisabeth, Cristofano Gherardi, huile sur toile, entre 1541 et 1545

 

Les Noces de Cana, Pablo Veronese, huile sur toile, entre 1562 et 1563

 

Beaucoup de théoriciens de l'époque se sont penchés sur les couleurs et ont écrit dessus. Alberti la voit comme secondaire à l'oeuvre, il faut que le peintre soit capable de restituer la forme avant tout. De Vinci, lui, considère que la peinture se divise en deux parties; La première est le dessin des contours, la seconde le coloris de ceux-ci. La couleur est aussi importante que le dessin, et il va même jusqu'à intégrer la notion d'ombre et de lumière dans sa réflexion. Chacun d'eux avait une vision propre de la couleur et une appréhension particulièrement à celle-ci. Ces différenciations ont contribué à faire d'eux des marqueurs et des témoins de l'art de leur temps.

 

La couleur n'est pas une science universelle en terme d'émotions. Parler de la couleur c'est accepter une approximation, que les civilisations en aient chacune leur interprétation. Il faut faire confiance en ses sens, et renoncer à une vérité universelle et figée.

 

 

Auteur : Spartan de DPSchool

Depuis toujours animé d'une passion et d'une soif de partage intarissable et aujourd'hui concept artist, illustrateur et formateur, Spartan (Gaétan Weltzer) est le fondateur et premier formateur de DigitalPainting.school.
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