Lumières : La représentation

Publié le 20 septembre 2017 par spartan dans Histoire de l'art : Par thématiques - Digital Painting, Illustration, histoire de l'art, lumière - 8

Cet article fait suite à la l'introduction : Lumière(s) : Histoire et Art . Aujourd'hui, nous allons donc nous pencher sur les différentes façons de représenter la lumière. La suggérer a toujours été un sujet complexe. Comme c'est une chose intangible, il faut pouvoir montrer sa présence. La première chose qui vient à l'esprit est la représentation réaliste, telle qu'on la voit et qu'on la perçoit.

 

Traitement réaliste

Il ne faut pas réduire le traitement lumineux en peinture au simple effet d'éclairage sur l'objet. Elle fait partie du monde propre, perçut par le peintre, y joue le premier rôle aussi, car c'est grâce à elle que l'on peut voir. Il faut donc représenter ses effets sur le modelé et le reflief des sujets et des décors. C'est une problématique qui se posait déjà au temps du classicisme grec mais c'est à la Renaissance, avec Léonard de Vinci, que viendra l'apogée du questionnement sur l'ombre et la lumière. Pour lui, le détail lumineux fait apparaître toute la singularité d'une peinture, pour en permettre le plus haut degré de réalisme. Voici une peinture de Jan Van Eyck, peintre flamand et contemporain de De Vinci, Madonna with the Child Reading (huile sur toile, 1433) :

Les détails lumineux qui ressortent de cette peinture rende tangibles les textures peintes. La tenture derrière la femme, sa longue cape semblent pouvoir être saisies. Les objets métalliques comme le chandelier, ou encore l'écuelle s'illuminent et rendent parfaitement l'effet lisse et la dureté de l'objet. Cependant, la perspective est ici fausse, Alberti ne rédigera De Pictura  (De la peinture) que vers 1435 et sera publié dès 1540.

 

Aujourd'hui, le traitement réaliste est un des principaux modes employés pour conceptualiser les choses. On le retrouve très fréquemment en digital painting dans les concept arts des jeux AAA ou encore des films blockbusters. Ce ne sont là que des exemples, il est évident que la quasi totalité des artistes ont un jour reproduit le réel pour trouver leur style graphique.


Bones, Jesper Andersen, Digital painting, 2017

Ici le sujet est clairement les os de dragons postés sur la colline ainsi que l'épée. La lumière est dirigée dessus, ce qui lui confère une importance capitale. Un blanc ivoire, quasi pur a été utilisé là où elle est la plus forte. L'épée rouillée au milieu est bien plus foncée, mais est elle aussi mise en lumière. Les textures des pierres, des arbres, des os et l'herbe lui donne un réalisme quasi photographique. On peut observer au loin dans la brume un dragon bien vivant cette fois-ci.

 

 

Couleurs complémentaires

Cette technique a été instaurée, pour la première fois, par les impressionnistes et les pointillistes. Ils ont mis en pratique ce qu'Eugène Chevreul avait théorisé dans Loi du contraste simultané des couleurs, paru en 1839. Les couleurs complémentaires vont s'éclairer mutuellement et les couleurs non complémentaires se saliront mutuellement. On peut très bien utiliser cette loi de manière subtile ou non. Prenons cette peinture :


La femme à l'ombrelle tournée vers la droite, Monet, huile sur toile, 1886

Monet était par excellence un maître incontesté des couleurs complémentaires. Dans cette oeuvre, le sujet principal est évidemment la femme et son ombrelle. La lumière est projetée d'en haut sur la droite. La seule ombre de ce tableau se trouve être celle que fait son ombrelle sur elle-même. Alors que le bas de sa robe est illuminée, d'une teinte rose-orangée, l'ombre qui se dessine juste après est bleue/violacée pour contraster avec le devant. Remarquez aussi la partie au niveau du visage. Celui-ci est peint dans des teintes rouges, et il semble être à l'ombre grâce au vert qui l'entoure.

 

Cette technique se perpétue et est très utilisée en digital. Ici un painting de l'artiste Jérémy Paillotin.


Spear, Jérémy Paillotin, Digital painting, 2016

Il est clair que la lumière et l'ombre ont été distillées grâce aux couleurs complémentaires. Là où la lumière frappe, nous sommes dans des teintes chaudes, du orange, du rouge, du jaune, sur toute la partie du château et les collines environnantes. Au moment de changer d'intensité lumineuse, les couleurs commencent à passer du côté froid. Le haut du château tire vers les verts et les falaises du dessous deviennent violettes. L'image est créée de façon à mettre un contrepoids par rapport aux ruines du premier plan, qui semblent être l'ancien château défunt, où les vestiges d'une autre citadelle, qui elle est totalement à l'ombre.

 

Le traitement de cette dernière image est réaliste, mais certains choisissent de ne travailler leurs images qu'en deux couleurs. Elles ne sont pas exactement complémentaires mais jouent avec l'opposition des deux teintes, une chaude et une froide pour donner l'intention lumineuse. Chez Matt Rockfeller on peut noter l'utilisation d'un rose très vif, par rapport à un bleu froid par exemple :


Pokélife, Matt Rockfeller, Digital painting, 2014

Les couleurs peuvent jouer un rôle déterminant dans l'évocation de la lumière. Outre le fait de traduire celle-ci, elles peuvent donner aussi des indications temporelles. Une lumière forte et blanche en extérieur peut-être synonyme d'une scène qui se déroule par beau temps vers midi, tandis qu'une lumière plus douce et orangée pourra indiquer l'aube ou le crépuscule.

 

 

Faire ressortir la lumière grâce au blanc (clair-obscur)

Pourquoi choisir le blanc comme lumière ? Il s'agit de la couleur créée par le mélange, en parts égales, entre le vert, le rouge et le bleu lorsqu'elle sont d'ordres spectrales, c'est-à-dire qu'elles font partie du spectre lumineux visible à l'œil. C'est Thomas Young qui démontrera ça au début du XIXème siècle. Ainsi le blanc est la couleur prédestinée pour représenter la lumière d'une manière moins réaliste. On peut aussi estimer qu'elle est l'option la plus évidente lorsque l'on travaille en gravure par exemple.


Le petit poucet, Gustave Doré, Gravure

 

Son utilisation varie suivant les mediums utilisés. L'aquarelle, la gravure, la sérigraphie ou encore le crayon de couleur sont les plus enclins pour créer la lumière avec le blanc (en général provenant du papier) car il est compliqué de retrouver une teinte claire lorsqu'il y a déjà de la matière, contrairement à la peinture où l'on peut repasser à l'infini avec les couleurs que l'on veut. Florent Chavouet utilise parfaitement ce moyen pour matérialiser la lumière dans ses oeuvres :


Florent Chavouet, Crayons de couleur, 2015

Feu, Florent Chavouet, aqaurelle, 2017

Le blanc confère un aspect très fort de la lumière, il est en général l'épicentre de celle-ci, plus on va s'éloigner et plus le blanc va se transformer en couleur claire puis devenir de plus en plus foncée. Au final, opposer le blanc aux couleurs foncées renvoie à utiliser le clair-obscur. Ce procédé était déjà pratiqué dans la peinture grecque antique (IVème siècle avant notre ère), elle a connu un nouvel engouement à partir de la Renaissance, utilisée ensuite par Le Caravage, puis les nouveaux mediums artistiques, comme la photo, ont su en tirer profit.


Rodin, Edward Steichen, fusain, 1903

Là encore, cette technique est restée d'actualité, et l'on retrouve de sublimes digital paintings où la maîtrise du clair-obscur est impressionnante.


Obelisk, Eren Arik, Digital painting, 2014

Wish you where here, Brun Croas, Digital painting, 2014

 

 

Matérialisation du faisceau lumineux

Il n'est pas impossible non plus de matérialiser physiquement la lumière, de recréer les rayons de lumière. Dans ces cas-là, l'image gagne un côté plus graphique. Par exemple, dans cette illustration de Maxence Henry, pour Katarakt, l'intensité lumineuse n'est pas diffuse au niveau du feu, les contours sont nets et les couleurs opaques :


Pour Katarakt, Maxence Henry, Illustration digital, 2014

En revanche, dans cette illustration d'Adrian Bloch, la lumière est transparente mais on peut voir les rayons et les différentes intensités qui en découlent.


Korbak the Cook, Maxence Henry, 2014

Faire que le faisceau lumineux soit visible est aussi mis en avant dans les sculptures, les installations mais certaine fois dans le design d'espace, comme dans cette devanture de restaurant à Madrid, réalisée par l'agence Fos :


Agence Fos, Madrid, 2013

 

Le traitement de la lumière est un point essentiel dans une illustration. Cela peut-être un parti pris que de ne pas utiliser cet élément, mais lorsqu'il l'est, il vient donner une ambiance, ainsi que des indications temporels. La lumière ne peut en revanche pas exister sans ombre, ce sont deux sœurs inséparables. Les catégories données ici relèvent d'une constatation, et il n'est pas interdit d'en mixer deux. Ce qui importe dans la retranscription est la vie que vous allez réussir à instaurer dans vos œuvres.  Ce n'est pas une question de réalisme, mais du sentiment principal qui s'en dégagera grâce à la lumière.

Auteur : Spartan de DPSchool

Depuis toujours animé d'une passion et d'une soif de partage intarissable et aujourd'hui concept artist, illustrateur et formateur, Spartan (Gaétan Weltzer) est le fondateur et premier formateur de DigitalPainting.school.
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