Paléo-art, la peinture des préhistoires

Publié le 1 mai 2019 par R D Mello dans Histoire de l'art : Chronologiquement - 13

Le paléo-art est un néologisme récent dans l’histoire de l’Art ; introduit dans les années 1980, il est formé à partir de la notion classique d’art et du terme grec paleo qui signifie ancien. La combinaison de ces deux termes désigne une réalisation artistique qui tente de reconstituer la vie préhistorique grâce aux connaissances établies par les découvertes scientifiques. Les représentations de ces paléo-artistes tirent directement leurs sujets de la paléontologie, fournissant alors des propositions de ce qu’étaient la vie de ces animaux et de ces écosystèmes du passé.

Bien que le terme de paléo-art soit apparu à la fin du XXème siècle, son apparition dans l'histoire est bien plus ancienne et s'est basée sur une œuvre bien modeste. Dans l'introduction de son ouvrage, Zoë Lescaze souligne la modestie de cette première œuvre de paléo-art de l'an 1830 ; il s'agit en effet d'une aquarelle, par nature petite, mais sur laquelle est représenté avec force, un monde féroce et neuf. Ce dessin, où l’on ne retrouve pas moins de 34 créatures qui s'entre-dévorent dans une sauvagerie violente et primitive, s'intitule Duria antiquitor et on le doit au géologue Henry Thomas de la Beche (1796-1855). Ce sont des créatures marines, plésiosaures, ichthyosaures, calamars et autres serpents de mer qui cohabitent sur cette feuille avec des ptérosaures. De fait il existe d'autres œuvres savantes qui ont tenté de représenter des espèces éteintes mais il s'agissait surtout d'esquisses rudimentaires. Avec son aquarelle, le géologue anglais est allé beaucoup plus loin, en effet, loin de placer des créatures isolées sur une feuille, il les met en scène dans un paysage lui aussi reconstitué d'après les connaissances fossilisées des biomes préhistoriques.

 

Henry Thomas de la Beche, Duria Antiquitor1830, musée national de Cardiff
Henry Thomas de la Beche, Duria Antiquitor, 1830, musée national de Cardiff
 
 

Aujourd'hui les dinosaures et les animaux préhistoriques font partie intégrante de notre culture visuelle. Les différentes espèces nous sont devenues familières mais les artistes du XIXème siècle, eux, ne disposaient d'aucune image pour recréer ces espèces. Ainsi, de facto, « chaque squelette émietté était pour eux comme une page blanche où il leur était loisible de projeter à l'envie constructions imaginaires, prédilections esthétiques et allusions à l'histoire de l'art. » 1 Cependant, malgré le champ des possibles accordé aux illustrateurs et aux artistes, ceux-ci ne souhaitaient pas entretenir des chimères (même si aujourd'hui d'un point de vue scientifique toutes leurs œuvres sont caduques). Toutefois, il est bon de rappeler que si scientifiquement ces œuvres sont dépassées, elles n'en gardent pas moins une puissance onirique et merveilleuse propre et c'est en ce sens aujourd'hui qu'il faut les admirer.

 
Anonyme, paysage idéal de l'Europe au crétacé, 1886 (36 x 26cm)
Anonyme, Paysage idéal de l'Europe au Crétacé

 

Par la suite, si les premières œuvres étaient destinées à couvrir les revues scientifiques, bientôt l'iconographie de la préhistoire s'affranchit de ces revues pour devenir la commande artistique d'institutions diverses et des musées d'histoire naturelle, passant du dessin à la peinture ou la sculpture. Ces représentations sont comparables à celle des dragons et des monstres aquatiques de l'antiquité, elles sont particulièrement intéressantes pour comprendre les craintes des anciens du monde inexploré de l'océan et des terre - Hic sunt dracones 2 - les images de créatures préhistoriques offrent la possibilité de saisir aussi les changements du XIXème siècle et la perception de ce qu'est l'homme dans la création divine, des êtres insignifiants dans l'histoire du monde.

Toutefois, il est important de préciser que ce mouvement artistique est encore trop récent dans l’histoire de l’art et trop divers pour former un courant artistique à part entière. Cette prise tardive de conscience a empêché la cohésion du thème sous la forme d’un pseudo-mouvement comme l’a été l’orientalisme. A cela s’ajoute également le fait que la diversité de la production artistique et la grande variété des styles font que le paléo-art ne peut que s’apparenter pour le moment à une thématique, un sujet de création, une source d’inspiration pour les artistes.

 

Les caractéristiques du paléo-art

Les paléo-artistes ne fondent pas leur travail sur leur seule imagination, la production artistique de ces artistes repose en effet sur la coopération de l’imaginaire avec les résultats fournis par les scientifiques. A la manière des artistes de la Renaissance à l’Académisme, les illustrateurs et les peintres cherchent à être au plus près de la réalité. La difficulté principale étant que l’objet de leur étude n’a jamais été aperçu vivant, sans l’aide des scientifiques il est difficile pour les artistes d’articuler avec précision les ossements d’un dinosaure ou ce à quoi pouvaient ressembler les animaux marins d’après quelques fossiles. C'était d'autant plus difficile que les sciences naturelles en étaient encore à leurs débuts et que les ossements retrouvés à l'époque étaient souvent incomplets.

 

Anonyme, Paysage idéal de la période du Trias en Allemagne, 1886 (36 x 26cm)
Anonyme, Paysage idéal de la période du Trias en Allemagne

 

En conséquence l’artiste doit accorder une part égale à l’imaginaire et à la science. Bien souvent, les artistes utilisaient des caractéristiques visibles chez des êtres vivants d'aujourd'hui, comme le crocodile et les baleines, avant de les coller à des êtres disparus. Il est important de souligner que ces caractéristiques choisies ont pu ou peuvent être à l'opposé de la réalité historique, ainsi par exemple le célèbre tyrannosaure était autrefois représenté avec des écailles alors qu'aujourd'hui les scientifiques semblent s'accorder sur la possibilité d'un plumage sur les plus jeunes spécimens.

Dans l'attente de la confirmation scientifique sur l'apparence de tel ou tel créature, les artistes vont puiser leurs sources d'inspiration dans une longue tradition d'hybridation et de chimère. Léonard de Vinci conseillait déjà en effet de prendre «la tête du mâtin ou du braque, les yeux du chat, les oreilles du hérisson... le sourcils du lion, les tempes du vieux coq et le cou de la tortue.» pour créer des chimères et des monstres mythologiques cohérents.

On peut prendre l'exemple de l'iguanodon, lors du remontage des ossements les artistes (et les scientifiques) se fièrent à ce qu'ils connaissaient déjà. En l'occurrence les chercheurs s'inspirèrent de l'iguane et du rhinocéros, ce qui explique pourquoi ils lui placèrent une corne sur le museau. L'iconographie de l'animal en a souffert et ce n'est qu'à partir de 1878 que l'anatomie du dinosaure fut corrigé avec la découverte de de nombreux squelettes complets dans les mines à charbon belge.

Mais cette manière de faire est encore valable aujourd'hui, il suffit de prendre par exemple le cas du Deinonychus (alias : vélociraptor dans les Jurassik Park) ou de ses cousins, qui dans les années 1990 était considéré comme un simple reptile bipède à la peau écailleuse et qui se retrouve aujourd'hui illustré avec un plumage. Ce changement iconographique s'explique par les récentes découvertes scientifiques mais à défaut d'avoir connu la créature, on la représente selon ce que l'on connaît.

 

Eldar Zakirov, Utahraptors, 2017
Eldar Zakirov, Utahraptors, 2017

 

Histoire

L'histoire précise de ce qu'est le paléo-art dépend pour beaucoup de l'histoire de la paléontologie elle-même. Il est impossible de dresser une histoire complète des recherches paléontologiques ici, car celle-ci est trop riche est pourrait faire à elle seule la thèse de plusieurs ouvrages. Cette partie n'est qu'un petit récapitulatif rapide de ce qu'est l'histoire du paléo-art afin de comprendre l'évolution de cette thématique.

A) Les prémices de la préhistoire

Dès le XVIème siècle on trouve dans des ouvrages d'histoire naturelle des gravures représentant des vestiges fossiles. Cependant c'est à la fin du XVIIIème siècle que Georges Cuvier (1769-1832) tenta de reconstruire des vertébrés fossiles à partir des ossements et à les faire publier en gravure. Même si cela restait une simple description des os, il s'agit bien d'une première étape. Un autre précurseur, antérieur à Cuvier, peut être identifié dans la Physica sacra publié par Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733). Il s'agit d'un ouvrage à caractère scientifique dans lequel l'homme de science a tenté de commenter la Bible selon une approche scientifique, affirmant dans celui-ci que les fossiles seraient en réalité les victimes du déluge. L'une des planches les plus remarquables de cet ouvrage pour le paléo-art, est la gravure 49 présentant l'homo diluvi testi, l'homme témoin du déluge. Cependant, les études plus poussées de Cuvier révéleront qu'il s'agissait en réalité d'une salamandre de grande taille.

Par la suite, les ouvrages de géologie et de paléontologie se contentent de reproduire les fossiles sur leurs planches après observation des vestiges. Cette simple observation peut trouver son explication dans le fait que la notion d'espèce éteinte et de période géologique n'est pas encore tout à fait admise. Toutefois, les choses changent concrètement à partir du second tiers du XIXème siècle.

B) Émergence de la thématique

Après l’œuvre de Henry Thomas de la Beche, l’un des artistes les plus importants de cette thématique préhistorique est Benjamin Waterhouse Hawkins (1807-1894). Sa collaboration avec le paléontologue Richard Owen (1804-1892), premier exemple connu de travail commun entre scientifique et artiste, va permettre de reconstituer les terribles lézards que Owen va englober sous le terme de dinosaure en 1842. Le point culminant de cette collaboration s'incarne dans les sculptures du Crystal Palace. Ces sculptures de dinosaures grandeur nature représentent en effet les dinosaures tels qu'on les imaginaient à l'époque. Il y en a deux douzaines, construits en béton sur une armature en brique et en acier. Richard Owen avait même organisé un dîner célèbre dans l'intérieur creux de l'iguanodon, cependant l'iguanodon de Richard Owen ne correspondait pas avec l'iguanodon de la réalité.

Hawkins, malgré le succès du parc du Crystal Palace fut renvoyé, il fut alors invité aux Etats-Unis en 1868 pour créer un musée à thème préhistorique. Acceptant l'invitation, l'artiste arriva à l'époque où la paléontologie américaine rattrapait son retard sur sa cousine européenne en découvrant plusieurs nouvelles espèces de dinosaure. Cependant le projet tomba à l'eau et c'est finalement pour un fervent admirateur suisse, que Hawkins eut pour objectif de créer 17 toiles pour le musée géologique de Princeton dont une quinzaine ont survécu.

C'est Gideon Mantell (1790-1852) en 1849, avant la découverte des squelettes belges, qui constate que l'Iguanodon n'est pas le lourd pachyderme tel qu'Owen le concevait, mais que l'animal a de fines pattes avant. Cependant avec les dinosaures de Crystal Palace c'est la vision des dinosaures d'Owen qui s'imposa au public pour de nombreuses années. Par ailleurs, c'est grâce à ces travaux et à ce parc que l'image et l'intérêt du grand public pour les dinosaures va se démocratiser. Suite aux premiers succès de ce parc et à la fascination de l'occident, cet intérêt pour ces créatures se répand vers l'est de l'Europe et la Russie vers 1885.

Dans un premier temps ce sont essentiellement des créatures marines qui sont représentées, ceci en raison de la nature des premiers fossiles identifiés. La découverte du premier grand dinosaure, l'iguanodon, va permettre à celui-ci être considéré pour un moment comme le roi de ces créatures marines.

Le traitement des compositions va changer, les peintures et les dessins des créatures préhistoriques sont l'occasion d'illustrer indirectement l'angoisse de la société, proche d'une période cauchemardesque. Cependant d'autres artistes vont pouvoir réfléchir à des scènes plus sereines.

 

Kuwasseg, période du wealdien, 1850
Kuwasseg, Période du wealdien, 1850

 

C) Règne du paléo-art

Vers la fin du XIXème siècle la recherche de nouvelles espèces de dinosaures bat son plein sur le territoire américain, ceci à tel point que l'on a pu véritablement parler de Guerre des os. Toutefois malgré les difficultés scientifiques qu'ont suscité les rivalités des paléontologues, cette période entraîne l'entrée permanente des animaux de la préhistoire dans le registre artistique.

 

Rudolph Zallinger, étude pour l'âge des reptiles, 1943 (210 x 30cm)
Rudolph Zallinger, étude pour l'âge des reptiles

 

A partir du XXème siècle la représentation des dinosaures dans la peinture devient un acquis, le thème des dinosaures et de la préhistoire devient un sujet pleinement légitime et digne de l'intérêt des artistes. Bien que l'intérêt principal des historiens de l'art et des artistes se concentrent sur l'art contemporain, il existe des artistes plus discrets mais non pas moins remarquables par la qualité de leurs créations. La meilleure manière d'aborder le règne de la préhistoire dans les créations artistiques est certainement de passer par ces artistes méconnus qui ont mis en scène nos dinosaures et monstres préférés.

Charles R Knight (1874-1953)

Artiste américain, il a souffert d'une cécité croissante et presque totale tout au long de sa vie, cependant cet handicap ne l'a pas découragé à créer des œuvres considérables sur de très grandes toiles. Son empreinte est si forte dans la peinture des créatures préhistoriques qu'il a inspiré plusieurs autres artistes comme Zdenek Burian, et Walt Disney lui même pour le film Fantasia.

Depuis son plus jeune âge l'artiste dessine et recopie les images de la nature présentés dans les ouvrages d'histoire naturelle ; repéré par un musée, il est engagé pour illustrer les animaux préhistoriques dans leurs milieux. L'ensemble le plus remarquable a été réalisé au Natural History Museum of Los Angeles County où l'artiste a pu dresser près de 28 grandes toiles illustrant la vie des fossiles retrouvés dans la région.

 

Charles R Knight, Pteranodon, Natural History Museum of Los Angeles County,
Charles R Knight, Ptéranodon, Natural History Museum of Los Angeles County, vers 1900

 

Charles R Knight, Dimétrodon et épadausaure, 1897 (66 x 42cm)
Charles R Knight, Dimétrodon et épadausaure, 1897

 

Charles R Knight, Combat entre deux Laelaps, 1897 (58 x 40cm)
Charles R Knight, Combat entre deux Laelaps, 1897

 

Son influence est telle que son travail a pu influencer celui des artistes, des auteurs d'ouvrage de fantasy, de science-fiction et même des réalisateurs d'effets spéciaux au cinéma. De tous les artistes du paléo-art il est très certainement le roi incontesté et son talent est d'autant plus remarquable que son problème de cécité a empêché l'artiste d'admirer certaines de ses œuvres dans leur ensemble!

 

Charles R Knight, Dinosaure à cornes et carnivores, 1928 (762 x 274cm)
Charles R Knight, Dinosaure à cornes et carnivores, 1928

 

Ainsi par exemple, cette scène de confrontation entre un prédateur et sa proie établit les deux dinosaures comme des ennemis mortels dans l'inconscient collectif. Alexander Sherman du Fiel museum indique à son sujet que sa «peinture est tellement populaire qu'elle est devenue un standard dans les représentations de l'age des dinosaures.»

Zdenek Burian (1905-1981)

Née en Moravie, il entre à quatorze ans à l'école des Beaux-Arts de Prague où il ne trouve pas sa place. Étudiant autodidacte et solitaire, il finit par réaliser plusieurs illustrations aux thématiques diverses (pas nécessairement du paléo-art) qui auront un franc succès. C'est ce premier succès qui lui permet en 1932 de démarrer sa carrière de peintre dans la reconstitution préhistorique.

 

Zdenek Burian, Phorusrhacos inflatus, 1961 (94 x 62cm)
Zdenek Burian, Phorusrhacos inflatus, 1961

 

L'œuvre de Burian comprend 9 850 illustrations répertoriées (sur un total estimé entre 12 et 14 000 œuvres, dessins et croquis). Il a travaillé sur des périodes allant du Paléozoïques à l'Holocène, illustrant les dinosaures comme le mode de vie des premiers hommes. Son travail est si prolifique que de fait, presque tous les musées des années 1960 ont des peintures de Burian. Il est, à ce titre, le deuxième peintre tchèque le plus reproduit au monde après Mucha.

 

Zdenek Burian, Dinosaure styracosaure herbivore à cornes, 1941 (72x52cm)
Zdenek Burian, Dinosaure styracosaure herbivore à cornes, 1941

 

James Gurney (1958 - ...)

Il est l'auteur et le dessinateur de l'univers de Dinotopia, une île perdue au milieu de l'océan sur lequel vivent les hommes et les dinosaures en parfaite harmonie. L'ensemble de son œuvre est l'exemple parfait du détournement du paléo-art, de la sphère scientifique vers la sphère fantastique. Ces dessins et ses toiles sont réalisés à la peinture à l'huile et aux crayons, permettant ainsi aux œuvres d'entrer directement dans la continuité du paléo-art malgré leurs destinations fantastiques.

Archéologue de formation puis étudiant en art graphiques, ses compétences de dessinateur lui ont permis de voyager en Italie, en Grèce et à Jérusalem où il trouvera de quoi inspirer l'ensemble de son œuvre.

 

Aujourd'hui...

Tout le XXème siècle va développer les illustrations et répandre l'image de ces créatures préhistoriques. Certaines grâce à leurs compositions vont entrer définitivement dans la mémoire collective pour être reprises par les peintres numériques aujourd'hui.

 

Eldar Zakirov, Tyranosaurus & tricératops, 2016
Eldar Zakirov, Tyranosaurus & tricératops, 2016

 

En 1999, la Société de Paléontologie des Vertébrés fondée en 1940 aux États-Unis affirmait que le paléo-art « est l'un des véhicules les plus importants pour la communication des découvertes et des données, parmi les paléontologues, et est essentiel pour promouvoir la paléontologie des vertébrés et ses disciplines envers le grand public ».

 

Matthew Harris, Dilophosaurs, 2019
Matthew Harris, Dilophosaurs, 2019

 

Thèmes et œuvres

Le Paléo-art s'intéresse à toute les périodes de la préhistoire, les dinosaures ne sont pas les seules créatures à intéresser les artistes.

Les animaux marins

Ici sont représentées les créatures marines depuis l'origine de la vie jusqu'aux plus grands mosasaures et cétacés.

 

Charles R Knight, Tylosaurus, 1899
Charles R Knight, Tylosaurus, 1899

 

Heinrich Harder, Ichtyosaures combattant un mosasaure, 1912
Heinrich Harder, Ichtyosaures combattant un mosasaure, 1912

 

Ralph Lomotan, Carcharocles Megalodon, 2018
Ralph Lomotan, Carcharocles Megalodon, 2018

 

RJ Palmer, Kronosaurus, 2018
RJ Palmer, Kronosaurus, 2018

 

Les Dinosaures

On retrouvera là un échantillon de ce que le paléo-art propose comme vision des temps de la préhistoire du Trias au Crétacé. Ces images font partie intégrante de notre culture visuelle et cinématographique, ne serait-ce que dans les derniers Jurassik World.

 

Charles R Knight, Agathaumas, 1897 (57 x 40)
Charles R Knight, Agathaumas, 1897

 

[Eldar Zakirov, Brachiosaurus, 2016
Eldar Zakirov, Brachiosaurus, 2016

 

La Mégafaune et les premiers hommes

L'être humain fait également partie du registre des œuvres paléo-artistiques, il suffit seulement de le replacer dans l'environnement hostile de la mégafaune, vêtus de peaux de bête et équipés de modestes outils de pierre.

 

Victor Vasnetov, l'Âge de pierre, Moscou, 1882-1885 (1680 x 220cm)
Victor Vasnetov, l'Âge de pierre, Moscou, 1882-1885
Charles R Knight, Cro-Magnon artists painting woolly mammoths in Font-de-Gaume, 1920
Charles R Knight, Cro-Magnon artists painting woolly mammoths in Font-de-Gaume, 1920

 

Russell Marks, Stop the pigeon, 2018
Russell Marks, Stop the pigeon, 2018

 

Conclusion

Le travail de ces paléo-artistes est d’une importance majeure. Généralement ignoré, il détermine pourtant la manière dont le public va percevoir ces animaux disparus. Certaines visions d’artistes se sont ainsi ancrées dans les mémoires, tant et si bien que l’on est presque tenté de croire que cet ancrage dans la mémoire collective est définitif. En effet, bien après les découvertes récentes de la paléontologie, certaines représentations demeurent et survivent dans l’imaginaire populaire.

Ces images de la préhistoire vont même parfois se transmettre, ainsi les premières esquisses des paléo-artistes ont pu être reprises par le cinéma qui est, à ce titre, l’un des vecteurs les plus puissants. Il est difficile d’imaginer les vélociraptors de Jurrasik Park avec un plumage, le concevoir sur le tyrannosaure encore plus et même si l’activité volcanique du Trias au Crétacé n’est pas plus importante à l’époque qu’elle ne l’est aujourd’hui, impossible de ne pas retrouver un volcan fumant dans le dessin des enfants.

Paradoxalement, la thématique souffre de sa popularité car si cela lui permet d’être davantage représentée et de bénéficier peut-être à l’avenir d’un statut équivalent à celui que les historiens de l’art ont donné à l’orientalisme, les paléo-artistes ne recherchent plus forcément à suivre les réalités scientifiques dégagées par les chercheurs comme avaient pu le faire les grands artistes du XIXème et XXème siècle. Les artistes d’aujourd’hui partent davantage en quête d’une vision esthétique (parfois complètement) fantasmée des dinosaures. Il s’agit là d’un aspect intéressant pour l’histoire du goût mais qui crée des difficultés monstrueuses entre le monde scientifique érudit et la transmission de ses connaissances à la population. Un article daté de 2014 de Mark P. Witton, Darren Naish, et John Conway State of the Palaeoart, a souligné l'importance historique du paléo-art, et déploré son état actuel. 3

Aujourd’hui il appartient aux peintres numériques de se tourner vers une représentation purement onirique de ces mondes préhistoriques ou de jouer un double jeu en offrant une vision scientifique et artistique. Les artistes peuvent ainsi récupérer l’idéal de l’Académie Royale de Peinture 4, où le peintre devait, avec érudition, chercher à émouvoir et instruire le spectateur au travers une composition intelligente et belle.

John Wallin Liberto, Allosaurus head, 2018
John Wallin Liberto, Allosaurus head, 2018

 

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Bibliographie générale:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pal%C3%A9oart consulté le 25 Février 2019

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_R._Knight consulté le 25 Février 2019

https://fr.wikipedia.org/wiki/Zden%C4%9Bk_Burian consulté le 25 Février 2019

https://www.artstation.com/

Zoë Lescaze, Paléoart. Visions des temps préhistoriques 1830-1980, Éditions Taschen, juillet 2017

Note de bas de page:

1 Zoë Lescaze, Paléoart. Visions des temps préhistoriques 1830-1980, Éditions Taschen, juillet 2017, p 12

2 https://fr.wikipedia.org/wiki/Hic_sunt_dracones traduction: Ici sont les dragons...

3 https://palaeo-electronica.org/content/pdfs/comment_palaeoart.pdf

4 https://digitalpainting.school/histoire-de-lart/lart-academique/ L'idéal de l'Académie des Beaux-Arts est identique à celui de l'Académie Royale qui la précède.

Auteur : R D Mello

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13 commentaires

  • Spartan de DPSchool le 1 mai 2019

    Génial ! Merci beaucoup Rodolphe, hyper instructif, et sur un thème qui m'a toujours tenu à coeur. Ca m'a donné envie de dessiner des dinos tiens !

  • Damien le 1 mai 2019

    Bravo Rodolphe, voilà bien un genre sur lequel je ne m'étais jamais posé de questions... Et pourtant il y avait de quoi ! Merci !

  • Mandrill le 1 mai 2019

    Merci Rodolphe ! Super intéressant :)

  • Sipdy le 1 mai 2019

    Merci pour cet article ultra intéressant :D

  • Ryu le 2 mai 2019

    Magnifique et super instructif ! Merci Rodolphe !!!

  • mathamath le 2 mai 2019

    Quel beau et passionnant travail magnifiquement documenté... merci Rodolphe !

  • Drimlick le 3 mai 2019

    Merci pour cet article, au top comme d'habitude ^^

  • Ganakel le 3 mai 2019

    tres cool ca donne enviee d'en faire . je connaisssais pas mal de choses et j'en ai encore appris bcp .Merci

  • mandem le 3 mai 2019

    From good to great!

  • Brushinobi le 4 mai 2019

    Excellent ! :-D On sent que tu es passionné et t'investis beaucoup dans l'écriture de tes articles et c'est toujours un plaisir de les découvrir :-) Merci beaucoup !

  • FabioFazer le 13 mai 2019

    Vraiment très intéressant !! merci beaucoup pour cet article !!

  • J-L le 25 juin 2019

    Super article, merci! Etant moi-même illustrateur scientifique et ayant fait pas mal de reconstitutions avec des paléontologues du Museum, c'est un sujet qui me tient particulièrement à coeur, très intéressant et pourtant assez méconnu. Blavo blavo!

  • Ninja le 14 septembre 2019

    Superbe article, très bien construit. Étant une grosse fan de la paleo-art, ton article m’a permis d’en connaître un peu plus de son histoire ainsi que de découvrir des artistes pas encore connus au bataillon . Merci encore pour ce travail

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