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Architecture : Gothique ou Néogothique ?

Publié le 3 novembre 2026 par Angelito.lrt dans Histoire de l'art : Par thématiques - histoire, histoire de l'art - 1

 

Bon… c’est bon, je peux y aller ? Oulalalala… le stress. 😭 

Bon, c’est parti ! Bonjour à tous ! Aujourd’hui, pour ce premier article écrit par mes soins, nous allons parler de… roulement de tambour… 🥁 la recette de la moussaka ! 🍆 … Pardon? Attendez, ce n’est absolument pas ça. Mais qu’est-ce que c’est que ce texte ?! 

Je voulais dire l’art gothique et néogothique ! Voilà, c’était ça. Olala, la boulette. 😭 Bon, maintenant que ma crédibilité est définitivement partie, on peut vraiment commencer.

I. Introduction : Ça veut dire quoi « gothique » ?

Une cathédrale avec des arcs brisés, des vitraux colorés et des gargouilles qui se tiennent sur les façades. Sa hauteur impressionne. Pas de doute, il s'agit d'une architecture gothique.

Pourtant, ce bâtiment pourrait avoir été construit au XIXe siècle.

Mais avant de commencer le sujet de cet article, il serait pertinent de préciser ce que signifie réellement le terme « gothique ». Car oui, si ce mot est aujourd'hui parfois utilisé pour désigner une personne vêtue de noir, portant de la dentelle, un maquillage pâle et des bijoux d'inspiration médiévale, ce n'est évidemment pas son sens d'origine.

Le terme « gothique » nous vient du bas latin gothicus, qui signifie « relatif aux Goths ». Le bas latin l'avait lui-même emprunté à une racine germanique, Gut-thiuda, signifiant littéralement « peuple des Goths » (thiuda signifiant « peuple »). Les Goths étaient un ensemble de peuples germaniques, probablement originaires de Scandinavie, qui jouèrent un rôle important dans les grandes migrations et dans la chute de l'Empire romain d'Occident en 476. Parmi les groupes les plus connus figurent les Wisigoths et les Ostrogoths.

Les Grandes invasions (Ve siècle) - Atlas historique mondial

 

Maintenant que ce petit cours d'histoire, digne d'un retour en CM2, est terminé, nous pouvons enfin nous pencher sur la vraie question de cet article. Si le gothique est associé au Moyen Âge, comment expliquer qu'on retrouve ses formes plusieurs siècles plus tard ? Est-ce toujours du gothique ? Ou doit-on parler de néogothique ?

Derrière cette question, qui peut sembler simple, se cache une histoire beaucoup plus complexe. Le néogothique n'est pas seulement une copie du gothique médiéval. Il montre aussi un changement profond dans la façon dont les sociétés modernes voient leur passé, le reconstruisent et parfois même l'inventent.

Pour comprendre cette différence, il faut donc revenir aux origines du gothique, puis suivre sa redécouverte au XIXᵉ siècle et voir comment cet héritage continue encore aujourd'hui de nourrir notre imaginaire artistique.

 


II. Le gothique : un style bien médiéval

1. La naissance d'un nouveau style

L’art gothique est un mouvement artistique qui s’étend approximativement du XIIᵉ au XVIᵉ siècle. Il couvre donc une grande partie du Moyen Âge central et se prolonge jusqu’au début des Temps modernes. Il succède directement à l’art roman (et non romain, ce n’est ni la même période ni le même style) et précède progressivement l’art de la Renaissance.

Il apparaît d’abord en Europe occidentale, plus précisément en Île-de-France, aux côtés du « Roi des fromages », j’ai nommé le Brie de Meaux. (Attrapez pas ma veste, ce n’est pas moi qui ai décrété ça et je refuse de reconnaître la souveraineté de ce fromage au titre de roi des fromages.) Je m’égare…

Je disais donc que ce nouveau style se développe d’abord en France avant de se diffuser progressivement dans le reste de l’Europe occidentale.

Le gothique apparaît d’abord dans le domaine de l’architecture, notamment avec la reconstruction de la basilique de Saint-Denis sous l’impulsion de l’abbé Suger. Conseiller des rois Louis VI le Gros et Louis VII le Jeune, Suger participe à la transformation de l’abbatiale et développe une nouvelle conception de l’espace religieux, où la lumière occupe une place essentielle.

Façade ouest de la Basilique Saint-Denis de Saint-Denis après les restaurations de 2015

 

Nef de la Basilique Saint-Denis de Saint-Denis

 

Pour Suger, la lumière n’est pas seulement utile. Elle a aussi une valeur spirituelle. Elle aiderait le fidèle à passer du monde matériel à celui divin. Cette idée apparaît surtout dans sa célèbre phrase « Dieu est lumière ».

Les changements réalisés à Saint-Denis vont donc favoriser l’émergence de nouvelles formes d’architecture. On voit de grandes ouvertures, des voûtes plus travaillées, des arcs brisés. Peu à peu, on cherche aussi à gagner en hauteur et en lumière.

Mais un détail mérite déjà notre attention. Suger et ses contemporains ne parlent évidemment pas d’« architecture gothique ». Ce terme apparaîtra bien plus tard. Au Moyen Âge, on trouve plutôt des expressions comme « opus francigenum », littéralement « œuvre française » ou « ouvrage à la française ». On utilisait ces mots pour désigner ce nouveau type d’architecture qui se répand depuis la France.

Mais concrètement, qu’est-ce que “l’architecture gothique” ?

 

2. Comment reconnaître le gothique ?

Après avoir vu comment et où l’art gothique est né, il est temps de voir à quoi il ressemble. Si vous passez devant une cathédrale gothique dans la rue, ce serait dommage de ne pas la reconnaître. Heureusement, certains éléments permettent de l’identifier assez facilement.

Mais attention. Il ne suffit pas de voir un arc pointu et trois vitraux pour crier « GOTHIQUE ! » dans la rue. L’architecture gothique repose sur un ensemble de techniques et de formes. Elles vont peu à peu changer la manière de construire les édifices religieux.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les constructeurs gothiques ne sont pas partis de zéro. Plusieurs techniques déjà utilisées, étaient présentes dans l’architecture romane. Le gothique vient donc d’une évolution progressive. Les constructeurs reprennent certaines techniques, les améliorent et, surtout, les combinent autrement pour répondre à de nouvelles ambitions architecturales.

Pour comprendre l’architecture gothique, il faut d’abord en examiner la structure. Une cathédrale n’est pas seulement un grand bâtiment avec quelques vitraux ajoutés pour décorer. Tout dépend d’un équilibre précis de forces.

L’un des éléments les plus faciles à reconnaître est l’arc brisé. Contrairement à l’arc en plein cintre, que l’on voit souvent dans l’architecture romane, celui-ci présente une forme plus pointue. Cette forme permet aux constructeurs de jouer plus facilement sur la hauteur. Elle aide aussi à mieux adapter l’arc aux dimensions de l’édifice.

Arc plein cintre de la Cathédrale de Spire en Allemagne

 

Arcs brisés des ruines de l'abbaye de Bolton (XIIe siècle) dans le comté de Yorkshire du Nord de l'Angleterre

 

Mais l’arc brisé n’est pas une invention qui est apparue soudainement avec le gothique. On en trouve dans des architectures plus anciennes et dans différentes régions du monde. Ce qui compte surtout dans le développement du gothique, c’est la manière dont les constructeurs associent cet élément à d’autres techniques.

Parmi elles, on trouve la voûte sur croisée d’ogives. Celle-ci repose sur un réseau de nervures qui se croisent. Cela aide à mieux répartir et diriger les forces exercées par la voûte. Le poids se concentre alors davantage sur certains points de la structure, notamment sur les piliers.

Nef de la Cathédrale de Reims

 

Schémas de la voûte sur croisée d'ogive - BNF Passerelles

 

Et si vous vous demandez pourquoi les constructeurs médiévaux cherchaient tant à canaliser les forces de leur bâtiment, c’est justement parce qu’ils avaient une idée en tête. Ils voulaient construire plus haut et ouvrir davantage les murs.

Cette recherche n’est pas entièrement nouvelle. Les constructeurs romans utilisent déjà des contreforts, ces renforts placés contre les murs pour les soutenir et résister aux poussées exercées par la structure.

Le gothique va reprendre cette logique et la développer à l'aide des arcs-boutants.

L’arc-boutant est une structure extérieure qui permet de reporter une partie des poussées exercées par les voûtes vers l’extérieur de l’édifice, puis jusqu’au sol. Il complète ainsi le système formé par les voûtes, les nervures, les piliers et les contreforts.

Et cette évolution compte beaucoup pour la suite. En déplaçant une partie des forces vers l’extérieur, les murs peuvent être moins massifs et davantage ouverts.

Contreforts et arcs-boutants de la Cathédrale Saint-Gatien de Tours

 

Schémas des contreforts - Larousse

 

Autrement dit : on construit moins de murs, comme ça, plus de fenêtres, et comme ça, plus de lumière (Gingembre !)

C’est ici que la technique commence à produire quelque chose de spectaculaire.

La Sainte-Chapelle, construite au XIIIᵉ siècle à Paris, permet particulièrement bien de comprendre cette transformation. À l’intérieur, les murs semblent presque disparaître derrière les immenses surfaces vitrées.

Les grandes baies, les rosaces et les vitraux jouent un rôle important dans l’architecture gothique. Mais cette lumière ne sert pas seulement à éclairer l’intérieur de l’église. Elle a également une valeur symbolique et spirituelle.

Intérieur de la Saint-Chapelle de Paris

 

Façade avant de la Sainte-Chapelle de Paris

 

On retrouve ici l’idée, déjà mentionnée avec l’abbé Suger, selon laquelle la lumière peut être liée au divin. Elle change l’espace intérieur. Elle crée une ambiance particulière. Cette ambiance est très différente de celle que l’on pourrait ressentir dans un bâtiment aux murs épais et aux petites ouvertures.

La lumière agit alors presque comme un matériau de construction.

Elle entre dans l’édifice, traverse les vitraux et projette leurs couleurs sur les murs et les sols. L’architecture ne sert plus seulement à protéger les fidèles. Elle fait aussi partie de leur expérience du lieu.

Et justement, ces grandes fenêtres permettent d’accueillir un autre élément important. Les vitraux.

La cathédrale de Chartres est un exemple particulièrement remarquable. Elle conserve encore aujourd’hui un ensemble exceptionnel de vitraux médiévaux, dont une grande partie date du XIIIᵉ siècle.

Lancettes de la façade du transept sud de la Cathédrale de Chartres 

 

Ces vitraux ne sont évidemment pas de simples fenêtres colorées. Ils peuvent raconter des épisodes bibliques, présenter des saints et des personnages historiques, ou encore représenter des scènes de la vie quotidienne et des métiers.

Pour une population dont une grande partie ne sait pas lire, ces images peuvent aussi servir à enseigner et à raconter des histoires. Le bâtiment devient alors un grand espace où l’architecture, la sculpture, la peinture et la lumière se rencontrent.

Et c’est là que l’on comprend pourquoi il est difficile de parler de l’architecture gothique uniquement comme d’une succession de techniques. Toutes ces innovations permettent de créer un espace où la structure, les images et la lumière participent ensemble à l’expérience religieuse.

Il reste cependant une caractéristique que l’on remarque immédiatement à l’entrée d’un édifice gothique : la verticalité.

Les piliers semblent s’élancer vers les voûtes, les nervures prolongent les lignes architecturales, les fenêtres accentuent la hauteur et les flèches poussent encore davantage le regard vers le ciel.

Cette recherche de hauteur est évidemment liée aux possibilités techniques offertes par les nouvelles solutions architecturales. Mais elle possède également une dimension symbolique.

En levant les yeux, le fidèle est littéralement invité à regarder vers le haut. L’architecture accompagne ainsi une forme d’élévation spirituelle.

Et finalement, c’est peut-être là que se trouve l’une des grandes particularités du gothique : la technique permet l’esthétique, et l’esthétique sert à son tour le symbolique.

 

3. Un gothique, des gothiques

Cependant, il est important de préciser qu’il n’existe pas un seul gothique, mais une multitude de formes de gothique qui évoluent selon l’époque, la région et les traditions locales. Car entre une cathédrale française du XIIIᵉ siècle, une église anglaise du XIVᵉ siècle et une cathédrale allemande du XVᵉ siècle, les différences peuvent être assez importantes.

En France même, le gothique évoluera progressivement au fil des siècles. On distingue ainsi plusieurs grandes périodes :

  • Le gothique primitif apparaît au XIIᵉ siècle, notamment avec la basilique de Saint-Denis (cf. 1. La naissance d’un nouveau style) et la cathédrale de Sens. Il correspond aux premières expérimentations de cette nouvelle architecture.

  • Le gothique classique, principalement développé au XIIIᵉ siècle, recherche davantage l’équilibre et la régularité. La cathédrale de Chartres ou celle d'Amiens en sont de très bons exemples, avec leurs grandes élévations et leurs façades imposantes.

  • Le gothique rayonnant, qui se développe surtout au XIIIᵉ et au XIVᵉ siècle, pousse encore plus loin la recherche de la lumière. Les fenêtres s’agrandissent, les murs semblent disparaître derrière les vitraux et les remplages se complexifient. La Sainte-Chapelle de Paris (cf. 2. Comment reconnaître le gothique ?) constitue probablement l’un des exemples les plus spectaculaires de cette recherche.

  • Enfin, à partir du XIVᵉ siècle et surtout au XVᵉ siècle, apparaît le gothique flamboyant. Les formes deviennent plus complexes et décoratives, notamment avec des remplages aux courbes sinueuses rappelant des flammes, d’où son nom. La tour Saint-Jacques, à Paris, permet d’en observer certaines caractéristiques.

Façade ouest de la Cathédrale Saint-Étienne de Sens

 

Côté nord de la tour Saint-Jacques depuis la rue Nicolas-Flamel à Paris

 

Cathédrale Notre-Dame de Chartres vue éloignée

 

Façade ouest de la Cathédrale Notre-Dame d'Amiens

 

Mais ces appellations concernent surtout l’évolution du gothique en France. Dès que l’on franchit les frontières, le style prend de nouvelles formes.

  • En Angleterre, par exemple, l’architecture gothique développe ses propres caractéristiques. On distingue notamment l’Early English, le Decorated Style et le Perpendicular Style. Ce dernier se reconnaît notamment par ses lignes verticales particulièrement marquées et ses grandes fenêtres. La King's College Chapel de Cambridge, construite principalement aux XVᵉ et XVIᵉ siècles, en constitue un exemple spectaculaire.

  • Dans les territoires germaniques, le gothique connaît également des évolutions particulières. Les édifices peuvent notamment abriter des salles-halles monumentales, où les différentes nefs atteignent des hauteurs proches. La St. Annenkirche (Annaberg-Buchholz), en Saxe, constitue un exemple remarquable de ce gothique tardif.

  • En Italie, le gothique prend une autre direction. L’architecture italienne accorde une place importante aux surfaces murales et développe une esthétique différente de celle des grandes cathédrales françaises. Le Duomo di Milano, commencé à la fin du XIVᵉ siècle, constitue cependant un cas particulièrement intéressant : son architecture est profondément gothique, tout en présentant des caractéristiques propres à la tradition italienne.

Vues intérieure et latérale de la King's College Chapel de Cambridge

 

Croisée du transept de la St.-Annen-Kirche de Saxe

 

Duomo di Milano vue depuis la Piazza del Duomo

 

On pourrait donc presque dire qu’il n’existe pas un gothique, mais des gothiques. Un même vocabulaire architectural circule à travers l’Europe, mais chaque région l’adapte à ses propres traditions, à ses matériaux, à ses techniques et à son contexte.

Et cette diversité ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’architecture.

Dans cet article, je me suis principalement concentré sur l’architecture gothique, car c’est dans ce domaine que se développent les innovations structurelles qui permettent de comprendre l’émergence et l’évolution du style. Mais l’art gothique ne se limite évidemment pas aux bâtiments religieux.

Le gothique se retrouve également dans la sculpture, les enluminures, les vitraux, les objets liturgiques, l’orfèvrerie et la peinture. Les artistes vont progressivement développer de nouvelles manières de représenter les personnages, les espaces et les récits religieux.

Dans les enluminures, par exemple, les manuscrits se couvrent de compositions toujours plus élaborées. Les personnages deviennent plus expressifs, les drapés plus travaillés et les scènes peuvent être intégrées à des architectures particulièrement sophistiquées.

La sculpture connaît elle aussi de nombreuses évolutions, notamment dans la représentation des figures humaines. Les statues tendent progressivement à adopter des attitudes plus naturelles, avec des corps qui semblent moins rigides et des visages davantage individualisés.

 

Les chasseurs entrent dans les bois, fin du XVe siècle - Tissage

 

Relique de l'Ordre du Saint-Esprit "Tableau de la Trinité, fin du XIVe siècle - émail sur ronde-bosse d'or

 

Les très riches heures du Duc de Berry (Mai), des Frères de Limbourg en 1416 - Enluminure sur vélin

 

Mais tout cela mériterait largement un article à part entière. Alors, plutôt que de transformer celui-ci en encyclopédie du gothique et de vous faire traverser trois siècles d’histoire de l’art en apnée, contentons-nous, pour le moment, de cette petite mise en bouche.

Car le gothique n’a pas seulement changé la manière de construire les cathédrales : il a également transformé la manière de représenter le monde.

 

III. Le néogothique : quand le Moyen Âge revient

1. Pourquoi redécouvrir le Moyen Âge ?

Le terme « gothique », tout comme l’art qu’il désigne, va progressivement perdre son prestige. À partir de la Renaissance, les humanistes cherchent à retrouver les modèles de l’Antiquité grecque et romaine, considérés comme des références artistiques majeures. Le Moyen Âge se retrouve alors coincé entre cette Antiquité idéalisée et la Renaissance qui prétend la faire renaître. Giorgio Vasari, dans ses écrits du XVIᵉ siècle, contribue notamment à diffuser une vision péjorative de l’art médiéval en recourant au terme « gothique » pour le désigner. Associé aux Goths, perçus comme des peuples barbares, le terme devient alors synonyme d’un art jugé irrégulier, complexe et éloigné des idéaux de l’Antiquité. Le gothique est donc progressivement délaissé au profit des formes classiques.

Ce rejet ne signifie cependant pas que tous les bâtiments médiévaux disparaissent. Certains sont, au contraire, transformés pour correspondre aux goûts de leur époque. L’église Saint-Eustache à Paris en est un bon exemple : commencée au XVIᵉ siècle dans une tradition encore largement gothique, pour sa structure, elle intègre progressivement des éléments de la Renaissance, pour son habillage, puis du classicisme, pour la façade occidentale. L’architecture médiévale n’est donc pas toujours détruite, mais elle peut être modifiée, décorée ou remodelée pour s’adapter aux nouvelles sensibilités artistiques. Cette situation va perdurer pendant plusieurs siècles, jusqu'à ce qu'un événement bouleverse profondément le rapport aux monuments anciens : la Révolution française de 1789.

Vue d'ensemble de l'église Saint-Eustache de Paris

 

Eglise Saint-Eustache, d'Auguste-Sébastien Bernard vers 1846 - Aquarelle

 

Intérieur de l'église Saint-Eustache de Paris

 

Façade occidentale de style classique de l'église Saint-Eustache de Paris

 

La Révolution entraîne d'importantes destructions et dégradations de monuments et d'œuvres, notamment religieux, désormais associés à la monarchie et à l'Ancien Régime. Face à ces destructions, certaines voix commencent pourtant à s'élever. En 1794, l'abbé Henri Grégoire publie son Rapport sur les destructions opérées par le vandalisme et sur les moyens de le réprimer. Il dénonce les dégradations infligées aux œuvres et aux monuments et popularise le terme « vandalisme » pour les qualifier. Cette prise de position participe à un changement essentiel : certains monuments commencent à être considérés non seulement comme des édifices religieux ou politiques, mais aussi comme des témoins de l'histoire qu'il convient de préserver et de transmettre.

 Rapport sur les destructions opérées par le vandalisme et sur les moyens de le réprimer de l'Abbé Grégoire

 

 Portrait de l'Abbé Grégoire, de Pierre Joseph Célestin François en 1800 - Peinture à l'huile

 

Au XIXᵉ siècle, cette nouvelle manière de regarder le passé rencontre un mouvement culturel qui va largement contribuer à sa réhabilitation : le romantisme. En réaction aux règles et aux modèles classiques, les artistes romantiques accordent une place importante à l'émotion, à l'imagination, au mystère et au passé. Le Moyen Âge devient alors une source d'inspiration particulièrement importante. Ses cathédrales, ses châteaux, ses ruines et ses légendes nourrissent un nouvel imaginaire. En France, cette fascination est notamment illustrée par Victor Hugo avec Notre-Dame de Paris, publié en 1831. La cathédrale n'y est pas seulement un décor : elle devient un véritable personnage et le symbole d'un passé menacé. Le roman contribue ainsi à attirer l'attention du public sur le monument et, plus largement, sur la nécessité de préserver les édifices anciens.

 Première page du manuscrit de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo

 

Portrait de Victor Hugo, de Nadar vers 1884

 

Le Moyen Âge, autrefois considéré comme une période obscure et son architecture comme un art « barbare », commence donc à être admiré, étudié et protégé. Mais une nouvelle question se pose alors : que faire de cet héritage ? Faut-il simplement le conserver, ou peut-on s'en inspirer pour créer quelque chose de nouveau ?

 

2. Copier ou réinventer ?

Maintenant que le Moyen Âge retrouve progressivement une place dans les goûts artistiques, une nouvelle question se pose : comment reprendre un style vieux de plusieurs siècles dans une société qui a profondément changé ? C'est dans ce contexte que se développe le néogothique, également appelé Gothic Revival. À partir du XVIIIᵉ siècle en Angleterre, puis surtout au XIXᵉ siècle dans le reste de l'Europe, architectes et commanditaires recommencent à utiliser les formes caractéristiques du gothique : arcs brisés, pinacles, grandes fenêtres, vitraux, tourelles ou encore des décors inspirés des cathédrales médiévales. Mais il ne s'agit pas simplement de ressortir les plans d'une cathédrale du XIIIᵉ siècle et de les recopier. Le monde dans lequel ces bâtiments sont construits n'est plus le même, et leurs fonctions non plus.

Le néogothique appartient ainsi à ce que l'on appelle l'historicisme, c'est-à-dire une tendance à reprendre les styles du passé pour créer des œuvres nouvelles. Un bâtiment néogothique peut donc avoir l'apparence d'un édifice médiéval tout en recourant à des techniques, des matériaux et des usages propres à son époque. L'exemple le plus célèbre est sans doute le Palais de Westminster à Londres, reconstruit à partir de 1840 dans un style néogothique après l'incendie de 1834. Il abrite pourtant une institution profondément contemporaine : le Parlement britannique. Le gothique n'est donc plus seulement associé aux cathédrales et aux bâtiments religieux ; il peut désormais servir à construire des bâtiments administratifs, universitaires, résidentiels ou publics.

Palais de Westminster à Londres

 

Cette volonté de reprendre le gothique s'accompagne également d'une étude du Moyen Âge de plus en plus scientifique. On cherche à comprendre les différents styles, leurs périodes, leurs caractéristiques et leur évolution. En 1817, l'architecte britannique Thomas Rickman publie An Attempt to Discriminate the Styles of Architecture in England from the Norman Conquest to the Reformation, ouvrage qui contribue notamment à la classification des styles architecturaux médiévaux anglais. Le Moyen Âge n'est donc plus seulement une source d'inspiration esthétique : il devient également un objet d'étude. Cette connaissance permet aux architectes de reproduire certaines formes avec davantage de précision, mais aussi de les adapter aux besoins de leur époque.

An Attempt to Discriminate the Styles of Architecture in England from the Norman Conquest to the Reformation, de Thomas Rickman

 

Croquis de Thomas Rickman, de Charles Barber vers 1819

 

C'est ici que la distinction entre reproduction et réinterprétation devient cruciale. Le néogothique cherche à retrouver l'esthétique du gothique, mais il ne peut pas réellement faire revivre le Moyen Âge. Il produit nécessairement une architecture du XIXᵉ siècle tournée vers le passé. Et c'est justement ce qui rend le mouvement intéressant : il ne nous montre pas seulement comment les hommes du Moyen Âge construisaient, mais aussi comment le XIXᵉ siècle imaginait le Moyen Âge. Le néogothique ne se contente donc pas de copier un style disparu : il le transforme pour répondre aux goûts, aux techniques et aux besoins de son propre temps.

Et si construire un monument inspiré du Moyen Âge soulève déjà la question de la fidélité historique, que se passe-t-il lorsqu'il s'agit d'intervenir directement sur un véritable monument médiéval ?

 

3. Viollet-le-Duc : restaurateur ou créateur ?

Pour présenter un artiste ayant participé à la réhabilitation de nombreux édifices gothiques, je ne pouvais évidemment pas passer à côté de Viollet-le-Duc. Bon, je l’avoue, c’est un peu mon chouchou. Mais au-delà de cette préférence toute personnelle, son travail permet surtout de poser une question essentielle à notre sujet : lorsqu’on restaure un édifice gothique, cherche-t-on à retrouver le Moyen Âge ou à en proposer une nouvelle interprétation ?

Comme nous l’avons vu, le gothique médiéval est un style qui évolue au fil des siècles et se décline en de nombreuses formes. Puis, après avoir longtemps été dévalorisé, il est redécouvert au XIXe siècle. Mais cette redécouverte pose rapidement un problème très concret : que faire des édifices gothiques transformés, dégradés ou partiellement détruits au fil du temps ?

C’est dans ce contexte qu’intervient Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc (1814-1879). Architecte et théoricien de l’architecture, il participe à la restauration de nombreux monuments médiévaux. On compte parmi eux la basilique de Vézelay, la cathédrale Notre-Dame de Paris et la cité de Carcassonne.

Portrait d'Eugène Viollet-le-Duc, de Nadar

 

Mais pour comprendre son approche, il faut oublier l’idée d’une simple réparation. Pour Viollet-le-Duc, restaurer un monument veut d’abord dire comprendre son architecture. Il faut saisir sa structure, son fonctionnement et les principes qui organisent ses différentes parties. Dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, publié entre 1854 et 1868, il donne une définition qui résume parfaitement sa conception de la restauration :

« Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut ne jamais avoir existé à un moment donné. »

Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, d'Eugène Viollet-le-Duc en 1858

 

Pages 306-307 des serrures tirées du Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle

 

Et c’est justement ici que notre histoire devient intéressante. Viollet-le-Duc ne cherche pas nécessairement à remettre un monument dans l’état exact où il se trouvait à une date précise. Il peut chercher à lui redonner une cohérence architecturale, même si cela implique de refaire certains éléments disparus ou d’en créer de nouveaux à partir de son étude du style gothique.

L'un des exemples les plus célèbres est évidemment Notre-Dame de Paris. Au XIXe siècle, la cathédrale se trouve dans un état préoccupant après plusieurs siècles de transformations, de dégradations et de négligence. En 1844, Viollet-le-Duc et l’architecte Jean-Baptiste Lassus reçoivent la mission de la restaurer.

Le chantier va notamment concerner les sculptures, les vitraux, les portails et la flèche, détruite à la fin du XVIIIe siècle. Mais certaines interventions iront au-delà de la simple restitution de ce qui existait auparavant.

Continuons à prendre l’exemple de Notre-Dame de Paris, et plus particulièrement de ses chimères. Ces créatures fantastiques installées sur la galerie des tours sont aujourd’hui si associées à la cathédrale qu’on pourrait facilement les imaginer sorties tout droit du Moyen Âge. Et pourtant, elles sont du XIXe siècle.

Viollet-le-Duc les conçoit dans le cadre de la restauration de la cathédrale, en s'inspirant de l'imaginaire médiéval et du vocabulaire de la sculpture gothique. Elles correspondent donc parfaitement à l'esthétique que nous associons aujourd'hui à Notre-Dame, sans pour autant être des sculptures médiévales.

Façade de la cathédrale Notre-Dame de Paris, vue du parvis

 

Chimère de Notre-Dame de Paris (la Stryge)

 

Elévation et plans de la flèche de Notre-Dame de Paris, de Viollet-le-Duc

 

On retrouve ici toute l'ambiguïté de son travail : il restaure le gothique tout en produisant parfois du néogothique.

Et Notre-Dame n'est pas un cas isolé. À Carcassonne, Viollet-le-Duc intervient à partir de 1844 sur les fortifications et les édifices de la cité. Là encore, son travail repose sur l'étude de l'architecture médiévale. Mais certaines restaurations reposent sur des choix d'interprétation. Comme les toitures en ardoise et non en tuiles. Sur l'image, on voit la différence entre les toits gris et les toits rouges.

Cité de Carcassonne, vue aérienne

 

Mais si Notre-Dame permet de voir apparaître cette frontière entre restauration et réinterprétation, Pierrefonds la pousse encore plus loin.

Lorsque Viollet-le-Duc intervient sur le château à partir de 1857, il ne se contente pas de réparer quelques murs endommagés. Le château, très abîmé, a été entièrement transformé. Le projet évolue également pendant les travaux. Peu à peu, il devient une véritable reconstitution architecturale.

Viollet-le-Duc ne cherche donc pas seulement à conserver les vestiges existants. Il imagine aussi ce qu'un château médiéval complet pourrait être, en s'appuyant sur ses connaissances en architecture gothique et en architecture militaire. Le résultat vient donc à la fois du Moyen Âge et porte aussi la marque forte du XIXe siècle.

Entrée sud et cour d'honneur du château de Pierrefonds (aujourd'hui)

 

Château de Pierrefonds en ruines, d'Eugène Isabey vers 1850 - Gouache, encre et aquarelle

 

Et c'est finalement là que Viollet-le-Duc devient particulièrement intéressant pour notre sujet. Il ne se contente pas de remettre le gothique au goût du jour comme le font les architectes néogothiques. Il intervient directement sur des monuments gothiques historiques et produit, à l'intérieur de ces restaurations, une nouvelle image du Moyen Âge.

La limite devient alors très mince. On passe d’un monument gothique médiéval, transformé ou dégradé au fil du temps, à sa restauration, puis à l’interprétation qu’en fait le restaurateur, qui peut finalement y ajouter des éléments néogothiques.

Viollet-le-Duc nous oblige donc à revenir à la question posée au début de cette partie. Où s'arrête la restauration, et où commence la création ?

Car, en voulant retrouver l'architecture gothique, le XIXe siècle ne se contente pas de la conserver. Il contribue aussi à façonner l'image que nous en avons aujourd'hui.

Et c'est peut-être là toute l'ironie de cette histoire. Pour faire revivre le Moyen Âge, Viollet-le-Duc crée parfois un Moyen Âge qui n'a jamais vraiment existé.

 

IV. Et aujourd'hui ?

Bon, je pourrais encore vous parler pendant des heures de Viollet-le-Duc, de ses restaurations et de sa drôle de manière de faire revivre le Moyen Âge. Mais l'article est déjà bien assez long, et il me reste encore une dernière partie à traiter. Alors, à mon grand désespoir, je vais devoir m'arrêter là. Cela me fend un peu le cœur, je l'avoue. Peut-être que Viollet-le-Duc aura droit à son propre article un de ces jours…

Finalement, aujourd'hui, on entend quand même beaucoup moins parler de gothique ou de néogothique. Et c'est assez logique. Depuis le XIXᵉ siècle, l'histoire de l'art n'est pas restée sans rien faire. Il y a eu beaucoup d'autres mouvements artistiques, comme le cubisme. Voilà, je sens déjà les amateurs de Picasso et de Braque me regarder avec un jugement. Je plaisante, bien sûr. Je sais qu'il y a beaucoup de gens qui aiment le cubisme. Et puis, après tout, chacun ses goûts. Je ne vais pas commencer à avoir des comptes à rendre maintenant.

Mais alors, le néogothique a-t-il vraiment disparu avec le XIXᵉ siècle ?

Oui, cette question est parfaitement légitime. Et comme je n'ai, à ce stade, de comptes à rendre à personne, je fais ce que je veux. Hihihi.

Je me fatigue moi-même, bref… Continuons.

 

1. Le gothique dans l'imaginaire contemporain

La réponse est évidemment non. Le gothique ne disparaît pas au XIXᵉ siècle. Il change simplement de forme et, surtout, de fonction. Après avoir été un style architectural médiéval, puis un mouvement de redécouverte et de réinterprétation au XIXᵉ siècle, le gothique devient progressivement un véritable imaginaire artistique et culturel.

On retrouve ainsi ses formes et son vocabulaire visuel dans de nombreux domaines : le cinéma, les jeux vidéo, la littérature, la bande dessinée, l'illustration, la mode ou encore l'architecture. Pourtant, ces œuvres ne cherchent généralement plus à reproduire fidèlement l'architecture gothique médiévale. Elles en reprennent plutôt certains codes pour créer une atmosphère particulière.

C'est ce que l'on peut appeler l'imaginaire gothique : un ensemble de motifs, d'ambiances et de références associés au gothique, tels que l'obscurité, les ruines, les architectures monumentales, les édifices religieux, la mort, le mystère ou encore le fantastique. L'esthétique gothique, quant à elle, désigne l'utilisation de ces codes visuels au sein d'une œuvre.

Et pour voir à quel point cet imaginaire s'est éloigné du simple bâtiment médiéval, il suffit de regarder du côté de la culture populaire. Dans Edward Scissorhands (1990), Tim Burton recourt notamment à une architecture sombre, à des formes monumentales et à une atmosphère inquiétante pour construire son univers. Quelques années plus tard, Sleepy Hollow (1999) reprend à son tour ces références médiévales et gothiques, mais les mêle au fantastique et à l'horreur.

Scènes tirées du film Edward Scissorhands, de Tim Burton en 1999

 

Scènes tirées du film Sleepy Hollow, de Tim Burton en 1999

 

 

Le phénomène ne concerne d'ailleurs pas uniquement le cinéma. Dans le jeu vidéo Bloodborne (2015), l'architecture, les cathédrales, les ruines, les sculptures et les décors monumentaux contribuent à créer un univers où le gothique devient presque une ambiance à part entière.

Images du jeu vidéo Bloodborne,d'Hidetaka Miyazaki en 2015

 

2. Mais est-ce encore du gothique ?

Mais si une œuvre reprend des arcs brisés, des cathédrales, des gargouilles ou une atmosphère sombre, peut-on dire qu'elle est « gothique » ? Pas vraiment. En tout cas, pas dans le sens historique du terme.

Il faut en fait distinguer plusieurs choses. Le gothique historique correspond à l'art médiéval qui se développe à partir du XIIᵉ siècle. Ses différentes formes perdurent jusqu'au XVIᵉ siècle. Le néogothique, lui, apparaît plusieurs siècles plus tard. Il marque le retour et la réinterprétation des formes gothiques médiévales, surtout aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Enfin, ce que l'on peut appeler « gothique contemporain » désigne plutôt la réutilisation, aux XXᵉ et XXIᵉ siècles, des codes et de l'imaginaire associés au gothique.

Cette distinction permet de comprendre qu'une œuvre peut adopter une esthétique gothique sans appartenir au mouvement gothique médiéval ni même au néogothique du XIXᵉ siècle. Elle peut simplement réapproprier certains éléments anciens pour les intégrer à un nouvel univers.

La réappropriation consiste justement à reprendre un élément issu d'une époque ou d'un contexte différent et à l'utiliser dans un autre. La réinterprétation va un peu plus loin. On transforme, adapte ou détourne parfois le modèle d'origine pour lui donner une nouvelle signification.

Bloodborne (cf. 1. Le gothique dans l'imaginaire contemporain) en est un bon exemple. Le jeu reprend une architecture fortement inspirée du gothique, du néogothique et de diverses traditions architecturales européennes. Il apporte également une esthétique fantastique et horrifique propre au jeu. Il ne cherche donc pas à nous faire visiter une véritable ville médiévale : il construit sa propre vision du gothique.

Bon, je pourrais évidemment vous donner quinze autres exemples de jeux vidéo… mais je vais devoir être honnête : ma culture en termes de jeux vidéo s'arrête assez vite. Je joue très peu aux jeux vidéo, à part Animal Crossing. Et même si je cherche encore les arcs-boutants dans mon village, je ne suis pas certaine que ça compte comme du gothique. 🏡

( Promis, c'est pas un montage, de toute façon, il n'y a aucune preuve !… Elle n'est pas trop belle, ma petite maison ? )

Ce qui est intéressant avec ces œuvres contemporaines, c'est que le mot « gothique » ne désigne plus forcément un style historique précis. Il peut désormais désigner une ambiance, un ensemble de formes, un imaginaire ou même une façon de raconter une histoire.

 

3. Du style à l'imaginaire ?

Finalement, le gothique a connu une drôle d’évolution. À l’origine, le terme désigne un style artistique bien précis, né au Moyen Âge. Puis, après avoir longtemps été méprisé, il est redécouvert et réinterprété à partir du XVIIIᵉ siècle, ce qui donne naissance au néogothique. Et aujourd’hui, le mot « gothique » peut désigner bien davantage qu'une architecture.

Avec le temps, le gothique s'est éloigné de sa définition historique. Il est devenu un imaginaire. Les cathédrales, les ruines, les châteaux, les cimetières, les créatures fantastiques, la mort ou encore le mystère deviennent autant de références que les artistes peuvent reprendre pour créer une atmosphère. Le gothique n'est donc plus seulement une question de formes architecturales : il devient également une question d'ambiance, de récit et d'émotions.

Cette évolution commence notamment par la littérature. En 1764, Horace Walpole publie The Castle of Otranto. On considère souvent ce livre comme l'un des premiers romans gothiques. Le genre se développe ensuite au XIXᵉ siècle avec des œuvres comme Frankenstein de Mary Shelley en 1818, puis Dracula de Bram Stoker en 1897. Le gothique quitte alors peu à peu les pierres des cathédrales pour entrer dans les histoires que l'on raconte.

The Castle of Otranto, d'Horace Walpole en 1764

 

Frankenstein, or The Modern Prometheus, de Mary Shelley en 1818

 

Dracula, de Bram Stocker en 1897

 

Le cinéma, la bande dessinée, les jeux vidéo, l'illustration et même la mode vont ensuite continuer à s'approprier cet imaginaire. Chaque époque en fait quelque chose de différent. Certaines règles restent, d'autres disparaissent. Le gothique devient alors une sorte de réservoir de formes, de symboles et d'ambiances dans lequel les artistes peuvent puiser.

Et c'est peut-être ce qui explique que nous utilisons encore aujourd'hui le mot « gothique » pour des choses qui n'ont parfois plus grand-chose à voir avec l'architecture médiévale. Une cathédrale du XIIIᵉ siècle, un château néogothique du XIXᵉ siècle et un jeu vidéo horrifique du XXIᵉ siècle peuvent tous être qualifiés de « gothiques », mais ils ne le sont évidemment pas de la même manière.

 

Conclusion

Alors, gothique ou néogothique ? La réponse n'est finalement pas aussi simple qu'il n'y paraît. Entre les édifices médiévaux, leur redécouverte au XIXᵉ siècle, les restaurations de Viollet-le-Duc et les réappropriations contemporaines. La limite est parfois bien plus floue qu'un simple changement de siècle.

Le gothique est né au Moyen Âge. Le néogothique a voulu le faire revivre. Aujourd'hui encore, notre époque continue d'en inventer de nouvelles versions.

Alors peut-être que la véritable question n'est plus de savoir si une œuvre est gothique ou néogothique, mais plutôt ce qu'elle fait du gothique.

 

Sources et Bibliographies

https://fr.wikipedia.org/wiki/Architecture_gothique#Au_XIXe_si%C3%A8cle,_le_romantisme_r%C3%A9habilite_le_gothique_:_le_n%C3%A9o-gothique

https://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_Saint-Denis

https://fr.wikipedia.org/wiki/Romantisme

https://fr.wikipedia.org/wiki/Occident_au_Xe_si%C3%A8cle

https://fr.wikipedia.org/wiki/Suger

https://fr.wikipedia.org/wiki/Art_gothique#Contexte_historique

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gothique

https://fr.wikipedia.org/wiki/Goths

https://fr.wikipedia.org/wiki/Style_n%C3%A9ogothique#Romantisme_et_nationalisme

https://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_Saint-Denis

 

Corpus d'œuvres

Basilique Saint-Denis, XIIᵉ siècle

Cathédrale de Sens, XIIᵉ siècle

Sainte-Chapelle, XIIIᵉ siècle

Cathédrale Notre-Dame de Chartres, XIIIᵉ siècle

Cathédrale Notre-Dame d’Amiens, XIIIᵉ siècle

Tour Saint-Jacques, XIVᵉ-XVIᵉ siècles

King’s College Chapel, XVᵉ-XVIᵉ siècles

St. Annenkirche, XVIᵉ siècle

Duomo di Milano, à partir de la fin du XIVᵉ siècle

Église Saint-Eustache, XVIᵉ-XVIIᵉ siècles

Notre-Dame de Paris, XIIᵉ-XIVᵉ siècles

Cité de Carcassonne, restaurée au XIXᵉ siècle

Château de Pierrefonds, restauré au XIXᵉ siècle

The Castle of Otranto, Horace Walpole, 1764

Frankenstein, Mary Shelley, 1818

Dracula, Bram Stoker, 1897

Edward Scissorhands, Tim Burton, 1990

Sleepy Hollow, Tim Burton, 1999

Bloodborne, FromSoftware, 2015

Auteur : Angelito.lrt

Petit illustrateur et étudiant qui aime la fantaisie, les grenouilles et l'histoire de l'art
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