Les genres dans la peinture : l'Histoire

Publié le 11 mai 2019 par royalys dans Histoire de l'art : Chronologiquement - 0

La peinture d’histoire est un genre pictural dont les inspirations sont en réalité bien plus larges que ce que son nom d’histoire laisse suggérer. En effet, si la première qualité d’une peinture d’histoire est de s’inspirer des épisodes historiques, avec les grands événements politiques et militaire de l’antiquité jusqu’à nos jours, la peinture d’histoire concerne également les scènes romanesques de l’imaginaire et les épisodes religieux ou mythologiques.

La diversité thématique de ces différents épisodes peut laisser croire à une définition complexe de la peinture d’histoire, alors qu’en réalité elle est particulièrement simple. Les peintres de la période moderne considéraient effectivement qu’il y avait peinture d’histoire à partir du moment où deux personnages sont mis en scène. La simplicité de cette définition, peu comprise aujourd’hui, permet ainsi d’intégrer dans le registre de la peinture d’histoire des sujets allégoriques et poétiques.

Pendant très longtemps la peinture d’histoire détenait le statut le plus prestigieux, avant de voir cette primauté décliner vers la fin du XIXème siècle au profit des autres genres de la peinture. Cependant, bien que cette ancienne supériorité soit extrêmement critiquée de nos jours celle-ci n’était pas dénué de raison dû à ses caractéristiques propres.

Caractéristiques

La peinture d’histoire existe depuis l’Antiquité, toutefois ce n’est qu’à partir de la fin du XVIIème siècle que les artistes et les théoriciens de l’art vont réellement s’intéresser à ce genre pictural. Certains penseurs vont rédiger quelques essais sur le sujet mais c’est avec l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture que les peintres vont prendre soin d’étudier ce genre en profondeur. Cette Académie a été fondé sur un mandat royal sous la régence d’Anne d’Autriche en 1648, à l’initiative de Charles le Brun. L’ambition de l’Académie était de former et de rassembler dans une même institution les meilleurs artistes du Royaume, poussant ainsi les peintres à faire des conférences et autres traités sur la peinture.

Une hiérarchie selon le vivant ou non

André Félibien (1619-1695) considérait la peinture d’histoire comme le genre majeur de la peinture et le plaçait au sommet de la hiérarchie des genres. En 1667, il écrivait dans une préface des Conférences de l’Académie que « Celui qui fait parfaitement des paysages est au-dessus d'un autre qui ne fait que des fruits, des fleurs ou des coquilles. Celui qui peint des animaux vivants est plus estimable que ceux qui ne représentent que des choses mortes et sans mouvement ; et comme la figure de l'homme est le plus parfait ouvrage de Dieu sur la Terre, il est certain aussi que celui qui se rend l'imitateur de Dieu en peignant des figures humaines, est beaucoup plus excellent que tous les autres »

Ce passage montre que cette hiérarchie repose sur le statut inhérent à l’objet représenté, les objets inanimés des natures-mortes étant inférieures aux paysages, ces mêmes paysages étant inférieure à la représentation du vivant ; les portrait surpassant les précédents en raison de la dignité accordé à l’homme (dans la Foi chrétienne et dans la reprise de l’antiquité « l’homme est la mesure de toute chose » Protagoras). La supériorité de la peinture d’histoire n’est ici que la conséquence logique d’une telle hiérarchie. Félibien poursuivait alors : « Un Peintre qui ne fait que des portraits, n'a pas encore cette haute perfection de l'Art, et ne peut prétendre à l'honneur que reçoivent les plus savants. Il faut pour cela passer d'une seule figure à la représentation de plusieurs ensembles ; il faut traiter l'histoire et la fable ; il faut représenter de grandes actions comme les historiens, ou des sujets agréables comme les Poètes ; et montant encore plus haut, il faut par des compositions allégoriques, savoir couvrir sous le voile de la fable les vertus des grands hommes, et les mystères les plus relevés. »

Une hiérarchie selon les difficultés

De nos jours une hiérarchie des genres picturaux qui reposerait sur une hiérarchie du vivant ne serait plus satisfaisante. Cependant, les modernes ne se sont pas contentés d’un argument solitaire pour justifier la position avantageuse de la peinture d’histoire sur les autres genres. La supériorité de la peinture d’histoire se comprend aussi par la difficulté de celui-ci. Cette notion ne réside pas dans l’idée que peindre un animal soit forcément plus facile que de de peindre un homme, mais dans le fait que le peintre d’histoire contrairement aux autres, doit tout savoir peindre ! La difficulté est d’autant plus grande quand on sait que non seulement le peintre d’histoire doit être capable de peindre un paysage, des hommes et des animaux convainquant, mais qu’il doit encore le faire de façon intelligente pour donner à son œuvre une interprétation ou un message moral ou intellectuel.

 

La nécessaire érudition du peintre

A

La vérité du costume

 

Histoire de la peinture historique

Antiquité

La peinture sous l’antiquité ne doit pas être comprise comme celle qui se développe à partir du Moyen-Âge. Les peintres en effet ne travaille pas du tout sur les mêmes objets, les artistes de l’antiquité travaillant essentiellement la fresque ou la céramique. Toutefois, si le développement de la peinture sous l’antiquité est bien différent, la peinture d’histoire est l’un des premiers genres représentés dans les œuvres antiques.

La mythologie égyptienne et gréco-romaine fournissant en effet un nombre quasi infini de sujet pour les artistes. Ainsi par exemple, la légendaire guerre de Troie a servi d’ornement aux murs des palais grecs et aux nombreuses céramiques grecques.

A vrai dire, l’Antiquité a connu des artistes extrêmement célèbres de leurs temps, Polygnote Zeuxis, Parrhasios représentèrent également divers épisodes de l'histoire de leur temps. Protogène, l'ami et le contemporain d'Apelle, exécuta une Bataille d'Alexandre et le Sac d'une ville. Malheureusement, le temps et l’histoire ont fait leur œuvre et il ne reste plus de traces de ces peintures.

Cependant, il est intéressant de noter que les Romains pourtant riche d’une histoire pleine de succès militaires n’ont pas repris la peinture d’histoire à leur compte.

Moyen-Age

Lorsqu’on parle de peinture au Moyen-Âge on pense généralement (et souvent exclusivement) à la peinture religieuse destinée à orner les autels. Si cette assertion généralisée correspond effectivement à une réalité médiévale, elle pousse malheureusement beaucoup de monde à se méprendre sur ce qu’était le Moyen-Âge au quotidien.

En effet si on prend le temps de réfléchir sur l’histoire de l’art au Moyen-Âge, on se rend compte que la production artistique pictural ne se résume pas aux retables des autels, mais également à une production destinée aux laïques, ne serait-ce que dans les Flandres par exemple avec les commandes bourgeoises. Par ailleurs, les riches miniatures des manuscrits, à certains égards, ont à leur façon illustrée des scènes d’histoires malgré la prépondérance de l’ornement. Cependant, malgré la diversité des thèmes cela ne permet pas d'identifier ce qu'il en est du genre historique, qu’en est-il donc de la peinture d’histoire tel qu’on l’imagine à partir de la période moderne, existe-t-elle durant la période médiévale ? A priori, l’histoire de l’art tranche en faveur du non.

Néanmoins, si on se réfère à la définition de ce qu’est la peinture d’histoire : c’est-à-dire, à une peinture où l’on représente plus de deux personnages dans une scène historiques, mythologiques, allégoriques ou religieuses… Ne peut-on pas dire que les peintures religieuses médiévales sont en réalités (aussi) des peintures d’histoires ? La réponse à cette question nécessite peut-être une étude plus complète, toutefois si l'on se réfère à la définition stricto sensu de la peinture d'histoire, presque toutes les peintures religieuses peuvent être considérés comme des peintures d'histoires.

A ce corpus gigantesque de peinture religieuse on peut retirer les peintures représentant un saint isolé ou celle où l'on peut retrouver la figure du commanditaire en prière devant le Christ ou Notre Dame. En effet, ces œuvres ne rentrent pas dans les critères de la peinture d'histoire ou ont un caractère de dévotion individuelle trop prononcé pour intégrer le rang de la peinture d'Histoire. En revanche, toutes les œuvres illustrant les épisodes bibliques peuvent être rangé dans la peinture d'histoire, notamment la crucifixion.

Ainsi pour ce qu'il est du Moyen-Age nous pouvons conclure que la peinture d'histoire se poursuit sous une forme à laquelle on ne l’attend pas et qui, pour les médiévaux, avec l'histoire religieuse était la seule histoire digne d'être représenté. (Plus digne même que l'histoire des princes et des Rois qui pourtant aurait pu faire l'objet d'illustrations prodigieuses.)

(Nous faisons le choix d’intégrer la Renaissance dans cette période médiévale étant donné que la Renaissance en Europe puise ses racines dans le treizième siècle italiens. Les historiens de l’art utilisent parfois le terme de pré Renaissance, lorsqu’il ne parle pas de Trecento ou du Quattrocento)

C'est à l'époque de la Renaissance que les peintres font revivre la peinture d'histoire, en rajeunissant la production à thématique religieuse et les faits illustres de l'Antiquité, comme ceux même de l'époque contemporaine. Ces différents récits et événements inspirent de nombreux peintres italiens dès le XIIIème siècle.

 

Moderne

L’époque Moderne sur bien des points est une période faste pour la peinture d’histoire. Les artistes et les théoriciens de l’art vont mettre en place toute une réflexion sur la peinture, en France, ces études se regroupent finalement dans l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture. L’ensemble de ces traités et études pré-académique et de l’Académie Royale vont permettre l’élaboration du concept de peinture d’histoire tel qu’on l’entend encore aujourd’hui.

 

Contemporaine

Le XIXème siècle a sûrement été pour la peinture d’histoire, la période la plus brillante et la plus opulente. Malgré la succession des révolutions et des régimes politiques différent, la France connaît un développement remarquable du genre historique. En effet, l’Académie des Beaux-Arts, héritière de l’Académie Royale, avait de fait couronné l’histoire comme le meilleur des genres en peinture. Ceci à tel point que les historiens de l’art ont pu étudier l’ensemble du mouvement sous le nom d’académisme.

Précédent l’académisme, on retrouve le néoclassicisme, le romantisme et diverses thématiques. Sous la Restauration notamment, les sujets antiques et mythologiques sont toujours en grande faveur, mais en même temps se développe le goût du Moyen-Âge et de ses épisodes de la chevalerie. Les historiens de l’art parlent de cette thématique médiévale sous la dénomination de style Troubadour, illustrant alors sur leurs toiles le monde de la chevalerie, des côtes de mailles, des princesses, du gothique et de l’héraldique.

Le néoclassicisme quant à lui était porté essentiellement sur l’histoire de l’Antiquité, la période révolutionnaire et l’Empire souhaitant récupérer le prestige de la République et de l’Empire Romain.

La peinture académique pour le genre historique est un véritable âge d’or, cependant les grands formats auparavant réservé uniquement aux épisodes historiques considérés comme noble vont pousser certains peintres à les récupérer pour des scènes plus modestes.

 

Thématique

Mythologie

Les dieux et déesses de la mythologie ancienne sont l’occasion pour les peintres d’illustrer la psychologie humaine ou d’illustrer un épisode historique sous un voile métaphorique. Dans tous les cas elles permettent de faire référence au monde gréco-romain auxquels tend à se rattacher le monde occidental.

Histoire

Les épisodes historiques sont les sources d’inspirations les plus évidentes dans la peinture d’histoire. On peut d’ailleurs en dégager plusieurs sous-thématiques comme celui de l’orientalisme ou le style troubadour.

Littérature

Les récits littéraires peuvent enflammer l’imaginaire des peintres et susciter des œuvres remarquables, leurs commanditaires pouvant se servir de ces œuvres pour se divertir, illustrer l’état de leur culture ou parfois transmettre un message.

Conclusion

La peinture d’histoire est sûrement le genre pictural le plus connu, en raison de la diversité de ses sujets la peinture d’histoire a une portée universelle et intemporelle. Peu importe la période de création d’une peinture, n’importe quel spectateur est capable de plonger dans la scène pour y puiser rêverie ou méditation.

Il est intéressant de voir que finalement ce sont les caractéristiques et l’importance morale qu’ont donné les penseurs et les artistes du XVIIIème siècle au genre historique, qui vont permettre à l’art d’avoir l’importance qu’il a aujourd’hui dans la conscience patrimoniale. L’art et le Patrimoine sont devenu des enjeux importants et c’est pour cette raison que les musées vont se développer considérablement à partir du XIXème siècle.

Cependant, si l’art contemporain a évolué dans une toute autre voie que celle de la peinture figurative traditionnelle, la peinture numérique peut s’inspirer et suivre l’exemple pictural des maitres du passé.

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Peinture_d%27histoire

http://www.cosmovisions.com/artPeintureHistoire.htm

Bibliographie :

Auteur : Rodolphe de Mello

Cet auteur n'a pas encore de biographie

0 likes

0 commentaires

  • Connecte toi pour laisser une réponse